Il y a des champagnes qui parlent de fête. Et d’autres qui parlent de temps. Chez Bollinger, La Grande Année appartient depuis toujours à cette seconde famille : celle des vins qui ne cherchent pas seulement l’éclat immédiat, mais la profondeur, la précision, la mémoire d’un millésime. Avec La Grande Année 2018 et La Grande Année Rosé 2018, la Maison d’Aÿ signe deux cuvées où la générosité d’une année solaire rencontre l’exigence très artisanale d’un savoir-faire devenu rare.
Le millésime 2018 avait tout d’une promesse. Après un hiver très arrosé et un débourrement plutôt tardif, le printemps doux accélère le cycle végétatif, avec une floraison observée environ dix jours en avance sur la moyenne. À partir de la mi-juin, la chaleur et la sécheresse s’installent, offrant aux raisins une maturité optimale et un état sanitaire remarquable. Chez Bollinger, la vendange débute le 23 août à Aÿ et Verzenay, dans un contexte de récolte précoce et abondante. Les Pinots Noirs de la Montagne de Reims s’imposent alors par leur générosité, leur concentration et leur maturité harmonieuse.
De ce millésime rayonnant naissent deux vins de Champagne conçus comme des architectures. La Grande Année 2018 assemble 66 % de Pinot Noir et 34 % de Chardonnay, issus de 19 crus, avec Verzenay et Aÿ en colonne vertébrale, Mareuil-sur-Aÿ pour le Pinot Noir, Avize, Chouilly et Cuis pour le Chardonnay. La cuvée revendique une sélection exclusivement composée de Grands et Premiers Crus, avec l’utilisation exclusive de la cuvée, cette première presse considérée comme la plus noble.
La Grande Année Rosé 2018, elle, suit une ligne proche mais légèrement plus charnelle : 67 % de Pinot Noir, 33 % de Chardonnay, toujours sur 19 crus, auxquels s’ajoutent 5 % de vin rouge issu de La Côte aux Enfants. Cette parcelle emblématique d’Aÿ, monopole de la Maison, n’est vinifiée en rouge que lorsque la maturité des raisins est jugée optimale. Le rosé n’apparaît donc pas ici comme une variation décorative, mais comme une lecture plus vibrante de La Grande Année, prolongée par la profondeur d’un rouge champenois rare.
Ce qui distingue ces deux cuvées, au-delà du millésime, c’est la fidélité de Bollinger à une grammaire artisanale presque obstinée. La vinification est entièrement réalisée en fûts de chêne anciens, en moyenne âgés d’une vingtaine d’années. Ce choix, devenu rare en Champagne, accompagne le vin sans le maquiller : il affine les arômes, favorise une micro-oxygénation naturelle et contribue au potentiel de vieillissement. La Maison rappelle aussi qu’elle est la dernière à compter un tonnelier à demeure, avec une tonnellerie intégrée destinée à entretenir son parc de tonneaux.
Le temps joue ensuite son rôle. Les deux cuvées bénéficient d’une maturation sous bouchon de liège, plus de deux fois supérieure aux règles de l’Appellation, soit environ sept ans en cave pour La Grande Année 2018. Le remuage et le dégorgement sont effectués à la main. Ces gestes, que l’on pourrait croire appartenir au folklore du vin, sont ici au cœur de la signature Bollinger : non pas des ornements, mais des choix de précision, au service de la texture, de la complexité et de la longévité.
Dans le verre, La Grande Année 2018 se présente comme un champagne vivifiant et généreux. Sa robe aux reflets jaune d’or traduit à la fois la maturité du vin et les méthodes de vinification de la Maison. Le nez s’ouvre sur une fraîcheur d’agrumes et de pomme Granny, rehaussée par des fruits du verger — pêche blanche, abricot, mirabelle. À l’aération, l’amande fraîche, la mie de pain, le miel d’acacia et une touche de pivoine blanche composent une trame élégante, où la minéralité garde le vin debout. En bouche, la structure est équilibrée, portée par des notes de fruits compotés et de coing, avant une effervescence crémeuse qui se déploie avec retenue.
La Grande Année Rosé 2018 se montre plus immédiate dans sa séduction, mais non moins construite. Sa robe aux reflets rosés et saumon annonce un nez complexe, où fraise, groseille, agrumes et pêche de vigne se répondent. Une touche mentholée apporte de l’élan, presque une nervosité fraîche. Au palais, les petits fruits rouges offrent d’abord leur croquant, puis le vin évolue vers une sensation plus juteuse, avant une finale expressive marquée par les écorces d’agrumes et l’orange sanguine. C’est un rosé de gastronomie, davantage taillé pour la table que pour l’apéritif distrait.
Car c’est bien à table que ces deux cuvées trouvent leur pleine dimension. La Grande Année 2018 accompagne aussi bien un carpaccio de thon aux pickles de daïkon, carotte blanche et fenouil à la citronnelle, qu’un médaillon de veau poêlé à l’ail frais et à la sauge. Elle peut également dialoguer avec une tomme de montagne aux herbes ou une poire comice pochée dans un sirop thé noir-hibiscus, sorbet verveine citronnelle. Le rosé, plus terrien et plus sanguin, appelle des accords plus affirmés : carpaccio de filet de bœuf, queue de homard grillée flambée au Cognac, suprême de canard à l’orange sanguine, Époisses farci à la truffe ou figues rôties au miel et poivre rose.
Bollinger recommande de servir les deux cuvées entre 10 et 12 °C afin d’en révéler le style, le bouquet et les arômes. Elles peuvent être dégustées dès aujourd’hui, mais leur structure laisse aussi envisager une évolution en cave. C’est peut-être là que réside le charme particulier de ce millésime 2018 : une accessibilité lumineuse, presque solaire, tenue par une architecture qui promet davantage que l’instant.
Disponibles en coffret chez les meilleurs cavistes, La Grande Année 2018 est proposée au prix public conseillé de 215 euros TTC, tandis que La Grande Année Rosé 2018 est annoncée à 275 euros TTC. Deux prix qui inscrivent ces cuvées dans le territoire des grands champagnes de gastronomie, mais aussi dans celui d’un luxe artisanal où chaque détail — du raisin au bois, du liège à la main — raconte une fidélité au temps long.
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.






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