Pour la deuxième saison consécutive, la maison dominicaine Brugal installe son campement d’été sur une terrasse du Pavillon Puebla. Une présence qui désigne un nouveau terrain de conquête pour les maisons de spiritueux : non plus l’hôtel parisien, mais le jardin public.
Un pavillon de chasse pour décor
Le Pavillon Puebla occupe une maison du dix-neuvième siècle couverte de lierre, plantée au cœur du parc des Buttes-Chaumont, avenue Darcel, dans le dix-neuvième arrondissement. Conçu à l’origine comme pavillon de chasse sous le Second Empire, le lieu est aujourd’hui exploité par le groupe Le Perchoir, qui y a installé deux bars et deux terrasses parmi la végétation, et y programme régulièrement des concerts. C’est sur l’une de ces terrasses que la maison Brugal installe, pour la deuxième année, Le Nid Brugal — un espace dédié, ouvert jusqu’à la fin du mois de septembre.
Le choix du lieu n’est pas neutre. Depuis quelques saisons, les maisons de spiritueux délaissent peu à peu le hall d’hôtel et le rooftop pour les jardins publics — Buttes-Chaumont, Monceau, les berges de Seine — où l’audience est plus jeune, moins captive, mais aussi moins coûteuse à séduire qu’un public d’habitués de bar à cocktails. Le Pavillon Puebla, avec son décor de pavillon de chasse rendu à la friche puis à la fête, offre un cadre qui n’a pas besoin d’être habillé pour ressembler à une parenthèse hors du temps.
Une deuxième édition n’est jamais un hasard
Renouveler une occupation, pour une maison de spiritueux, suppose un calcul plus froid que celui d’une simple opération de communication saisonnière. Revenir au même endroit, dans le même parc, signale une maison qui cherche moins une vitrine ponctuelle qu’une scène durable — quitte à perdre l’effet de surprise de la première édition pour gagner en reconnaissance.
Cette discipline n’est pas étrangère à l’histoire de la maison. Brugal a été fondée en 1888 par Andrés Brugal, jeune Catalan formé à la distillation et à l’assemblage à Santiago de Cuba avant de s’installer à Puerto Plata, en République dominicaine. C’est là qu’il devient le premier sur l’île à faire vieillir son rhum en fûts — une pratique alors absente de la production locale, et qui deviendra la signature de la maison. Plus de cent trente-cinq ans plus tard, Brugal reste surnommée sur l’île « el ron de los dominicanos », tant son histoire se confond avec celle de la production rhumière dominicaine.
Une succession au féminin
La maison est aujourd’hui dirigée par la cinquième génération de la famille fondatrice, représentée par Miguel Ripoll et Gustavo Ortega, aux côtés de Jassil Villanueva — première femme à porter le titre de maestra ronera chez Brugal, et la première de toute la République dominicaine. Un fait suffisamment rare dans une production historiquement réservée aux hommes pour mériter d’être noté, sans qu’il soit besoin de le commenter davantage.
Que cette transmission familiale et technique se prolonge, l’été, jusque sous les frondaisons d’un parc parisien, dit quelque chose d’une stratégie d’implantation pensée sur la durée : la maison ne vient pas vendre une image, mais déposer, saison après saison, les pièces d’une présence qui se construit comme un terroir se construit — lentement, par couches.
Détail — Andrés Brugal s’installe à Puerto Plata en 1888, après une formation à Santiago de Cuba. Il y introduit le vieillissement du rhum en fûts, alors inédit sur l’île, qui devient la méthode transmise depuis cinq générations par les maîtres de chais de la maison.
Jusqu’à la fin du mois de septembre, Le Nid Brugal accueillera rendez-vous festifs, événements culturels et propositions gourmandes, au rythme d’une programmation qui court tout l’été. Reste à savoir si cette installation, désormais reconduite une deuxième fois, deviendra un rendez-vous fixe du calendrier parisien, ou si elle restera l’expérience de deux saisons, le temps que le lierre du Pavillon Puebla referme la parenthèse sur une terrasse rendue à son silence.














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