Il y a des montres que l’on reconnaît avant même de lire leur nom. La Monaco en fait partie : un carré, une couronne à gauche, une relation ancienne avec la course automobile et cette manière un peu frontale de refuser la rondeur classique du chronographe. En 2026, TAG Heuer revient à cette géométrie avec la Monaco Evergraph, présentée à Watches & Wonders Genève, non pour rejouer 1969, mais pour déplacer le problème mécanique au cœur même de la complication.
Le sujet n’est pas seulement une nouvelle interprétation de la Monaco. Il se trouve dans le Calibre TH80-00, développé autour d’un mécanisme de chronographe à composants flexibles. Là où un chronographe traditionnel repose sur un assemblage de leviers, de ressorts et d’organes de commande, TAG Heuer introduit ici deux composants flexibles bistables : l’un dédié aux fonctions départ et arrêt, l’autre à la remise à zéro. Selon la Maison, leur développement a nécessité cinq années au sein du TAG Heuer LAB, avec une fabrication par technologie LIGA, procédé de microfabrication utilisé pour obtenir des géométries de grande précision.
Ce choix technique mérite attention, car il touche à une zone souvent négligée dans le discours horloger : la sensation du poussoir. Le chronographe n’est pas seulement une mesure ; c’est un geste. Appuyer, arrêter, remettre à zéro. Dans la Monaco Evergraph, TAG Heuer cherche à rendre ce geste constant, de la première à la dix-millième pression, en limitant les variations mécaniques liées aux architectures classiques. La promesse n’est pas décorative : elle repose sur la réduction de pièces mobiles dans les organes de commande et sur la stabilité dimensionnelle des composants flexibles.
Le mouvement automatique TH80-00 ajoute à cette architecture une fréquence de 5 hertz, une réserve de marche de 70 heures, la certification COSC et l’oscillateur TH-Carbonspring, présenté pour sa résistance magnétique. TAG Heuer indique également que le mouvement a été développé en collaboration avec Vaucher Manufacture Fleurier, déjà associée aux calibres TH81-00 et TH81-01 des chronographes à rattrapante Monaco et Carrera Split-Seconds.
Cette évolution s’inscrit dans une histoire plus longue que celle d’un simple lancement. Heuer est fondée en 1860 à Saint-Imier par Édouard Heuer, un ancrage confirmé par LVMH et par TAG Heuer dans ses propres éléments historiques. En 1887, Heuer dépose un brevet autour du pignon oscillant, élément devenu central dans l’histoire du chronographe mécanique. En 1916, le Mikrograph ouvre une autre séquence : celle de la mesure au centième de seconde, qui installe Heuer dans une culture de la précision sportive.
La Monaco, elle, arrive en 1969 avec le Calibre 11. TAG Heuer la présente encore aujourd’hui comme le premier chronographe automatique carré et étanche, reconnaissable à sa couronne positionnée à gauche, signe que le remontage manuel n’était plus nécessaire. Cette donnée historique donne à l’Evergraph son intérêt : la montre ne cherche pas à lisser l’héritage, elle l’expose. Le boîtier de 40 mm en titane grade 5 reprend la silhouette carrée, mais l’ouvre à une construction plus lisible, presque démonstrative. Le cadran transparent, les compteurs à trois et neuf heures, les ponts brossés et sablés, le fond saphir carré et la construction inversée mettent le mouvement au premier plan.
Deux versions sont annoncées. La référence CEW5181.FT8123 associe titane grade 5, compteurs opaline bleue, bracelet caoutchouc bleu à motif textile et surpiqûres grises. La référence CEW5180.FT8122 adopte le titane grade 5 avec revêtement DLC noir, compteurs opaline noire, touches rouges et bracelet caoutchouc noir à motif textile. Les deux conservent la couronne à neuf heures, deux poussoirs à deux et quatre heures, une glace saphir biseautée et bombée, une étanchéité à 100 mètres et une boucle déployante en titane grade 5.
La Monaco Evergraph arrive aussi dans un contexte où le sport automobile redevient un territoire de soft power pour le luxe. LVMH a signé un partenariat mondial de dix ans avec la Formule 1 à partir de 2025, et TAG Heuer a repris une place centrale dans cet écosystème de chronométrage, d’image et de performance. La Monaco n’est donc pas seulement un objet d’atelier ; elle appartient à une culture visuelle faite de circuits, de paddocks, de gestes rapides et de secondes fractionnées.
Reste une question, la seule qui compte vraiment : que fait une Maison lorsqu’elle possède déjà une icône ? Elle peut la protéger, la répéter, la miniaturiser en patrimoine. TAG Heuer choisit ici une autre voie : utiliser la Monaco comme banc d’essai. Le carré de 1969 devient une architecture d’expérimentation. Le chronographe, longtemps raconté par la vitesse, est ici ramené à une question plus discrète, presque plus intime : la précision d’un déclenchement sous le doigt.


























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