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Chez Setchu, le vêtement printemps-été 2027 se nouecomme un filet de pêcheur

by pascal iakovou
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Pour sa collection printemps-été 2027, Satoshi Kuwata ne brode pas : il noue. Setchu, la maison parisienne qu’il dirige depuis sa création, fait du nœud marin la pièce maîtresse de la saison — un geste technique emprunté aux pêcheurs et transposé sur le corps.

Un nœud venu du large

La collection printemps-été 2027 de Setchu s’organise autour d’un réseau de cordons de cuir, de plusieurs couleurs, noués selon une technique que la maison désigne sous le nom de « nœud carré japonais ». Ce maillage enveloppe la silhouette, parfois la précède, parfois semble la suivre comme une seconde peau tressée. Les pièces qui en résultent — vestes traversées de filets, robes cerclées de cordons — appartiennent à un vestiaire que Setchu revendique comme largement genderless : les mêmes nœuds, les mêmes pièces, pour des silhouettes qui ne se définissent plus par le sexe de celui qui les porte.

Le choix de ce motif n’est pas arbitraire. Kuwata en situe l’origine dans un souvenir de voyage : les eaux du Gabon, où la pêche reste une activité vivrière abondante. Dans cette lecture, le nœud n’est pas un ornement de mode mais un outil de survie élevé au rang de signature stylistique — une manière de faire entrer un geste utilitaire dans le vocabulaire du vêtement sans en effacer la rugosité d’origine. Setchu, maison fondée par un créateur formé à la fois au tailoring japonais et aux techniques européennes, distinguée par le prix LVMH des jeunes créateurs en 2023, a construit sa réputation sur ce type de greffe entre deux savoir-faire éloignés. Le nœud marin en est, cette saison, l’expression la plus aboutie.

Coupe et arithmétique

Le reste de la collection prolonge cette logique de structure visible. Des rectangles de jersey sont maintenus en tension par des cavités circulaires qui percent un haut ou une robe — un système qui colle au corps tout en exposant, de façon presque diagrammatique, la construction du vêtement. Une fente accentue l’asymétrie d’une robe noire et, posée à plat, révèle sa propre arithmétique : la coupe n’est plus dissimulée, elle devient lisible, presque pédagogique. Ailleurs, une autre ouverture cache sous des panneaux de soie un système de fermeture dont le mécanisme reste volontairement obscur — la même collection qui expose sa construction d’un côté la dissimule de l’autre, comme deux réponses à une même question.

Une armure pour temps incertains

Les pièces inspirées par les voyages de Kuwata se couvrent par endroits d’écailles, de tissus délicats assemblés en armure contemporaine : fluide, protectrice, mais jamais rigide. C’est sans doute là que se loge la proposition la plus intéressante de la saison — non pas un vêtement en particulier, mais l’idée que la maille et le nœud puissent fonctionner comme un bouclier souple, une protection qui ne renonce pas à la grâce. Le filet, motif premier de la collection, devient ainsi une métaphore à double sens : il retient, mais il laisse aussi passer la lumière entre ses mailles. Cette tentation du vêtement-bouclier n’est pas un cas isolé dans le calendrier des collections de juin 2026 ; Setchu s’y inscrit sans jamais la nommer, préférant la métaphore du filet à celle de l’armure militaire.

Setchu ne dit pas contre quoi cette armure protège. Elle laisse le nœud faire le travail : tenir, envelopper, et au besoin, se défaire.

Détail — Le réseau de cordons qui structure plusieurs pièces de la collection est assemblé selon la technique dite du « nœud carré japonais », un système d’attache directement inspiré des techniques de pêche traditionnelles observées par Satoshi Kuwata sur les côtes du Gabon.

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