Annoncé le 16 juin à Art Basel, le Prix VISIBLE 2026 récompense la plateforme artistique GOODLand, portée par Martha Atienza depuis les îles Philippines. Un geste rare : la mode qui regarde l’horizon à la hauteur des pêcheurs.
Martha Atienza et Bantayan Island : l’art aux limites du monde habitable
Il existe des artistes dont le travail ne se décrit pas depuis les cimaises d’une galerie blanche. Martha Atienza est de ceux-là. Instituée dans les îles Visayas des Philippines, elle crée depuis des années à partir d’une réalité concrète : la mer comme ressource menacée, les communautés de pêcheurs comme sujets politiques, et les fonds marins comme espaces où s’écrit le destin climatique d’un archipel. Sa plateforme GOODLand, sur l’île de Bantayan, est à la fois atelier, résidence, laboratoire écologique et archive vivante. C’est à cette initiative que le Prix VISIBLE 2026 vient d’être attribué, en partenariat entre la Fondazione Zegna, Cittadellarte et la Fondazione Pistoletto.
Le choix est d’une cohérence éditoriale implacable. VISIBLE, depuis sa création en 2010, prime des projets artistiques dont la finalité déborde l’objet d’art pour embrasser un programme social ou environnemental. Martha Atienza ne fait pas de l’écologie un sujet de décoration : elle en fait le matériau brut d’une pratique vidéographique et participative qui engage les habitants aussi bien que les jurys internationaux.
Zegna, Pistoletto, et la question de ce que la mode s’autorise à vouloir
Depuis seize ans, ce trio institutionnel — Fondazione Zegna, Cittadellarte di Biella et Fondazione Pistoletto — produit l’un des programmes philanthropiques les plus sérieux de l’industrie du luxe. Non pas par ses montants, qui restent pudiquement non communiqués, mais par ses choix : des artistes qui ne flattent pas les donateurs, des territoires qui ne font pas rêver les magazines, des projets qui ne trouvent pas facilement leur équivalent en réel de marque.
Ce faisant, Zegna prend une position que peu d’autres maisons de mode osent assumer jusqu’au bout : celle d’une entreprise qui accepte que son impact culturel se mesure aussi à ce qu’elle finance et non seulement à ce qu’elle vend. L’Oasi Zegna, les cent kilomètres carrés d’Alpes de Biella gardés par la maison depuis des décennies, constitue depuis longtemps ce paradigme écologique que GOODLand prolonge désormais en direction de l’océan.
Art Basel comme scène et non comme vitrine
L’annonce a été faite le 16 juin 2026 à Art Basel Basel, et ce contexte ne doit pas être négligé. Art Basel n’est pas seulement le marché le plus capitalisé de l’art contemporain : c’est aussi l’endroit où les discours sur le mécénat cultural sont formulés en direction de collectionneurs et d’institutions dont les décisions ont une répercussion réelle. Y annoncer VISIBLE 2026 avec GOODLand comme laureat, c’est inscrire la protection des droits côtiers philippines dans l’agenda global de la culture.
Martha Atienza reçoit ce prix à un moment où son île fait face à des pressions croissantes : hausse des températures marines, destruction des récifs coralliens, prédation des ressources halieutiques par des flottes industrielles. GOODLand ne cherche pas à résoudre ces problèmes par la beauté — mais à les rendre visibles, littéralement, auprès de ceux qui ont le pouvoir d’agir.
Ce que cela signifie pour le luxe
La mode de luxe observe de longue date l’art contemporain avec un mélange d’admiration et d’opportunisme. Zegna, à travers VISIBLE, propose autre chose : une relation d’utilité réciproque, où le prestige de la maison cautionne des projets qui n’auraient pas besoin d’elle pour exister, mais qui trouvent dans ce partenariat une audience élargie. GOODLand n’a pas besoin de Zegna pour être. Mais VISIBLE lui permet d’être entendu.
C’est peut-être la définition la plus juste du mécénat au XXIe siècle : non pas le financement d’une beauté que l’on contrôle, mais le soutien à une énergie que l’on admire sans prétendre l’orienter.
GOODLand de Martha Atienza. Prix VISIBLE 2026. Une plateforme artistique à Bantayan Island, Philippines, qui rappelle que les fonds marins ne sont pas une métaphore.

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