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Bianca Bondi investit l’Hôtel Particulier Roederer : quand le champagne rencontre l’eau salée

by pascal iakovou
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La Maison Louis Roederer fête ses 250 ans. Pour marquer l’anniversaire, elle aurait pu commander une cuvée exceptionnelle, ouvrir ses caves à quelques élus, commander un livre d’art. Elle a choisi autre chose : confier ses murs à une artiste dont la pratique repose sur la cristallisation, l’oxydation et la transformation lente de la matière. « Créer, c’est aimer » — la devise retenue pour cet anniversaire prend, avec Bianca Bondi, une dimension inattendue.

Une rencontre à Rome, une œuvre à Reims

Tout commence à la Villa Médicis, où Bianca Bondi était pensionnaire en 2024 et 2025, dans le cadre du compagnonnage que la Fondation Louis Roederer entretient avec l’institution depuis 2020. La coïncidence — si c’en est une — est parfaite : une artiste dont l’œuvre parle de temps long, de mutation et de mémoire des lieux, accueillie par une fondation dont la maison mère a traversé deux cent cinquante ans d’histoire familiale sans jamais changer de mains.

Le résultat de cette rencontre prendra forme les 27 et 28 juin dans l’Hôtel Particulier de la famille Roederer à Reims — un lieu rarement accessible au public, qui s’apprête par ailleurs à fermer pour d’importants travaux de rénovation. L’installation de Bianca Bondi occupera l’espace du sol au plafond, faisant dialoguer ce qu’elle appelle « ré-ensauvagement », transformation de la matière et temps cristallisé. Une œuvre de transition pour un bâtiment lui-même en transition.

La chimie comme langage

Née en 1986, sud-africaine et italienne, Bianca Bondi n’utilise pas la peinture ni la sculpture au sens traditionnel du terme. Ses matériaux sont choisis pour leur « potentiel de mutation » — ce qu’ils font dans le temps, ce qu’ils deviennent. L’eau salée est son medium de prédilection : elle cristallise sur les surfaces, dépose, révèle. Ce processus n’est jamais entièrement maîtrisé. L’artiste crée les conditions ; la chimie fait le reste.

Ce rapport au vivant — à ce qui change malgré soi, à ce qui se dépose sur les choses — entre en résonance profonde avec l’univers de Louis Roederer. La viticulture biologique, la « stratification du temps » dans les cuvées, le dialogue entre l’homme et la terre : autant de motifs communs qui font de cette collaboration autre chose qu’une opération de prestige. Une convergence de méthodes, pourrait-on dire.

Deux jours seulement

L’installation sera visible deux jours seulement — les 27 et 28 juin — avant la fermeture de l’Hôtel Particulier. Cette contrainte temporelle n’est pas anecdotique : elle appartient pleinement à la logique de l’œuvre. Bianca Bondi crée souvent des travaux éphémères, liés à des lieux précis, destinés à disparaître ou à se transformer. L’Hôtel Particulier Roederer ne sera plus jamais ce qu’il est aujourd’hui. Cette installation en conservera quelque chose — dans la mémoire de ceux qui auront fait le déplacement jusqu’à Reims.

Les visites sont gratuites, sur inscription. C’est peut-être le dernier détail notable : une maison de champagne qui ouvre ses portes familiales à quiconque souhaitera les franchir, sans condition d’achat ni de statut. « Créer, c’est aimer » — il arrive que les anniversaires tiennent leurs promesses.

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