Pour marquer six décennies d’existence, la Maison dinh van choisit de sortir du métal. Une sculpture en céramique terre noire, peinte à la main avec une peinture faite de terre et de pigment, réinterprète à échelle monumentale les formes fondatrices de la collection Le Cube Diamant et Maillon. L’artiste Flore Faucheux signe la commande, exposée dans la boutique de Saint-Germain.
Le choix de la matière mérite qu’on s’y arrête. La terre noire est à l’opposé du métal précieux : poreuse là où l’or est dense, mate là où il réfléchit, fragile là où il plie sans se rompre. Faucheux — peintre, dessinatrice, mosaïste et céramiste — travaille habituellement à partir d’objets ordinaires qu’elle détourne de leur fonction. Ici, c’est l’inverse : c’est l’objet de luxe qui est détourné, agrandi, re-matérialisé dans une argile que la joaillerie ignore.
Détail technique Céramique en terre noire, façonnage et peinture entièrement manuels. La peinture de surface est composée de terre et de pigment — aucun émail industriel. Le façonnage à la main laisse nécessairement des traces de geste dans la paroi, absentes de la pièce joaillière d’origine en or jaune.
La collection Maillon, point de départ formel de Jean Dinh Van dès 1965, est elle-même une abstraction d’architecture : le maillon est inspiré des arches de la place de l’Opéra de Paris. Ce lien entre bijou et espace urbain est rarement explicité dans la joaillerie contemporaine, où la référence reste généralement florale ou minérale. Dinh van, lui, a construit son vocabulaire sur la géométrie dure — le carré, le cube, la chaîne — et sur une conviction formulée dès les débuts : des bijoux qui se portent partout, en rupture avec la grammaire de la Place Vendôme.
Le Le Cube Diamant, dont les proportions ont été réajustées en 2013 pour accentuer le jeu des vides et des pleins, repose sur une tension optique : le diamant semble en suspension à l’intérieur du cube, maintenu par rien. Transposée à échelle grandeur nature en céramique, cette suspension change de nature. Ce n’est plus une pierre que l’on voit, mais un creux — l’absence prend le volume de la présence.
Ce type de commande artistique anniversaire n’est pas neutre dans le secteur. Elle permet à une Maison de réaffirmer un ADN (ici : la sculpture, le volume, le geste de la main) sans passer par une collection commerciale. Elle valide aussi un positionnement : dinh van, fondée hors de la tradition Place Vendôme, choisit une artiste dont la pratique est délibérément plurielle et non institutionnelle plutôt qu’un nom de la scène art contemporain validé par les grandes foires.
La question que cette collaboration laisse ouverte est celle de la permanence. La céramique terre noire peinte à la main n’est pas faite pour durer comme l’or. Qu’une Maison joaillière consacre son anniversaire à un objet par nature moins pérenne que ses créations habituelles dit quelque chose sur la direction qu’elle entend prendre : vers l’éphémère assumé, le geste plutôt que la conservation.











