Home Horlogerie et JoaillerieDaniel Roth Extra Plat Platinum : quand la densité d’un métal dicte la philosophie d’une Maison

Daniel Roth Extra Plat Platinum : quand la densité d’un métal dicte la philosophie d’une Maison

by pascal iakovou
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En horlogerie extra-plate, les marges de tolérance sont si étroites que le choix du matériau devient un acte éditorial. Passer à un boîtier en platine — métal plus dense que l’or, dont l’usinage prend jusqu’à trois fois plus de temps — n’est pas un geste anodin pour une Maison qui revendique la contrainte comme méthode.

La Maison Daniel Roth n’a pas attendu 2026 pour travailler le métal difficile. Depuis sa fondation en 1988 par le Maître Horloger éponyme — formé chez Audemars Piguet puis chez Breguet — la double ellipse du boîtier a toujours imposé ses propres règles aux horlogers qui l’habitent. Relancée en 2023 avec le soutien de La Fabrique du Temps Louis Vuitton à Meyrin, la Maison livre aujourd’hui avec l’Extra Plat Platinum une version de ce boîtier en platine, 38,6 × 35,5 mm pour 7,7 mm d’épaisseur — des proportions qui ne tolèrent aucune approximation.

C’est là que la question posée par les Maîtres Horlogers Enrico Barbasini et Michel Navas prend toute sa charge : « Jusqu’où aller, et pas plus loin ? » La phrase n’est pas une posture. Elle décrit une réalité mécanique. Concevoir le calibre DR002 pour qu’il tienne dans un boîtier de 3,1 mm d’épaisseur — tout en atteignant une fréquence de 4 Hz et une réserve de marche de 65 heures — a contraint les deux horlogers à repenser l’architecture du balancier. La solution retenue : une construction à inertie variable à masselottes, capable de maintenir la fréquence élevée sans compromettre la stabilité générale du calibre. Le mouvement compte 143 composants et 21 rubis, réglé sur six positions.


Détail | L’angle rentrant bercé

Parmi les 70 opérations de finition manuelle que requiert le calibre DR002, les angles rentrants bercés représentent le poste le plus chronophage. Cette technique — polir un rayon ou une arête en profil arrondi plutôt qu’un biseau plat — s’applique à toutes les arêtes des ponts. Elle nécessite au moins deux fois plus de temps qu’un anglage classique. Le polissage se fait au cabron, outil traditionnel de lutherie et d’horlogerie tenu à la main, qui garantit une uniformité que les procédés automatisés ne peuvent reproduire sur des géométries rentrantes.


La surface du cadran obéit à la même logique de contrainte. La base en or gris est guillochée en fines rayures sur un tour à guillocher : chaque ciselure est découpée individuellement, avec un contrôle précis de la profondeur et de l’espacement pour obtenir une surface rigoureusement uniforme. Par-dessus, un disque des minutes en or borde d’un filet sauté — cette moulure fine en relief qui court sur le pourtour — tandis que les aiguilles, elles aussi en or, suivent la même palette chromatique que le fond.

Le bracelet en cuir de veau, aux cornes incurvées vers le bas, complète une pièce pensée pour disparaître au poignet. Pas au sens du camouflage, mais au sens de l’accord discret — celui d’un objet qui ne réclame pas l’attention parce qu’il n’en a pas besoin.

La manufacture de Meyrin réunit sous un même toit trois Maisons — Daniel Roth, gérald genta, Louis Vuitton — dont certaines finitions sont estampillées Poinçon de Genève. Pour Daniel Roth, l’Extra Plat Platinum marque une étape dans la consolidation d’une identité qui s’était éclipsée pendant deux décennies : non pas la relance d’un nom, mais la démonstration que les gestes qui lui avaient donné sa valeur sont toujours pratiqués, et toujours aussi longs à exécuter.

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