Il y a des lieux qui n’ont pas besoin d’ajouter du décor. Le Grand Jardin du Ritz Paris suffit presque à lui-même : 1 600 m² de verdure à la française, vingt-six tilleuls, des buis taillés, des magnolias blancs, des jasmins, des alcôves prises dans les charmilles, une fontaine d’époque. En juin 2026, cet espace d’ordinaire réservé au retrait, à la conversation basse et au temps suspendu, deviendra une scène ouverte pour la première édition des Nuits Étoilées, festival imaginé par Frédéric Fontan et organisé les 13, 14 et 15 juin dans l’enceinte de l’hôtel.
L’initiative dit quelque chose de l’évolution actuelle des palaces parisiens. Ils ne sont plus seulement des lieux d’hospitalité, mais des producteurs de culture, des maisons de mémoire qui cherchent à activer leur patrimoine sans le figer. Le Ritz Paris s’inscrit ici dans une histoire déjà dense : fondé en 1898 par César Ritz sur la place Vendôme, l’hôtel fut pensé dès l’origine comme une synthèse entre confort moderne, art de recevoir et sociabilité internationale. Le site officiel de l’hôtel rappelle notamment son rôle pionnier dans l’hôtellerie de prestige, avec salles de bains privées et électricité à chaque étage à la fin du XIXe siècle.
Le choix du jardin n’est donc pas anecdotique. À rebours des grandes salles frontales, Les Nuits Étoilées privilégient une proximité rare : trois cents spectateurs par soir, une scénographie en plein air, un quatuor et piano placés sous la direction musicale d’Aymeric Gracia, et une circulation entre opéra, danse et musique orchestrale. Le dispositif semble moins chercher l’effet de gala que la sensation d’un salon déplacé sous les arbres. Une idée très Ritz, finalement : ne pas séparer le cérémonial de l’intime.
La marraine de cette première édition sera Roxane Stojanov, nommée Danseuse Étoile de l’Opéra national de Paris le 28 décembre 2024, après une représentation de Paquita à l’Opéra Bastille. Son parcours, de l’École de danse de l’Opéra au titre d’Étoile, inscrit le festival dans une lignée où la transmission compte autant que la virtuosité.
Le 13 juin, La Nuit de Diamant ouvrira le cycle par un hommage à la place Vendôme et à son imaginaire joaillier. Le programme convoquera Mendelssohn, Gounod, Offenbach et Chopin, avec Claire de Monteil, Axelle Saint-Cirel, Roxane Stojanov et Florent Melac. La présence de Chopin prend ici un relief particulier : le compositeur s’installa au 12 place Vendôme dans les derniers mois de sa vie et y mourut en octobre 1849, selon le calendrier biographique du Narodowy Instytut Fryderyka Chopina. Dans ce quartier où la joaillerie, la musique et l’hôtellerie ont fini par produire une même grammaire du prestige, le programme choisit moins la citation historique que la résonance.
Le 14 juin, La Nuit des Romantiques déplacera le centre de gravité vers le sentiment amoureux, de La Bohème à La Traviata, de Carmen à Roméo et Juliette. Tamara Bounazou, Quentin Desgeorges, Maia Makhateli, Andrea Sarri et Mickaël Lafon y croiseront l’univers de Marcel Proust à travers Le Combat des Anges, extrait du ballet Proust de Roland Petit. Là encore, le Ritz Paris ne force pas le lien : Proust appartient à sa mémoire sociale autant qu’à sa mythologie littéraire. Le palace devient le décor d’une forme de survivance, où les arts vivants dialoguent avec les fantômes cultivés de la maison.
Le 15 juin, La Nuit Clair de Lune refermera cette première édition sur un registre plus végétal. Bruno de Sá, Alice Renavand, Mathieu Ganio et Agnès Letestu y seront réunis autour de Saint-Saëns, du Parc d’Angelin Preljocaj et d’un solo adapté de Jean-Claude Gallotta. Une création mondiale pour Alice Renavand, signée Loup Marcault-Derouard et Frédéric Fontan sur une réinterprétation de La Mort du cygne, donnera à cette dernière soirée une tonalité de clair-obscur. Ce n’est pas tant la nuit comme décor qui intéresse ici, mais la nuit comme manière de regarder : les corps, les voix, les arbres, les façades.
Arnaud de Saint-Exupéry, directeur général du Ritz Paris, présente ce festival comme une façon d’ouvrir l’hôtel « à de nouvelles formes de création » et de faire vivre le Ritz Paris comme « un lieu de transmission, de partage et de culture vivante ». Frédéric Fontan, de son côté, rattache cette initiative à une mémoire familiale : celle de son aïeul Pierre Fontan, qui retrouvait à la Belle Époque des artistes au Ritz Paris, parmi lesquels Sarah Bernhardt et Edmond Rostand. Ces deux citations, issues du dossier transmis, éclairent l’ambition réelle du projet : non pas ajouter un événement au calendrier parisien, mais fabriquer un rituel culturel dans un lieu déjà saturé de récits.
Le détail le plus juste tient peut-être au format. Trois soirs, trois cents places, un accueil à partir de 20h15, un spectacle à 21h, une durée d’environ une heure vingt. Le public sera reçu autour de petits fours et de champagne Roederer ; certaines catégories incluront un cadeau signé Ritz Paris, et la catégorie Or donnera accès à une rencontre avec le directeur artistique et certains artistes en espace backstage. La billetterie annoncée s’étend de 150 à 390 euros selon les catégories, avec une catégorie Or à 550 euros.
On pourrait n’y voir qu’une extension de l’hospitalité palatiale. Ce serait manquer le mouvement plus profond : les grandes maisons d’hôtellerie cherchent aujourd’hui à devenir des institutions culturelles à part entière. Elles disposent des lieux, des archives, des clientèles, des récits. Il leur manque parfois une programmation qui dépasse l’animation pour rejoindre la création. Avec Les Nuits Étoilées, le Ritz Paris tente précisément cela : faire de son jardin non pas un décor, mais une scène ; non pas un supplément d’âme, mais une forme d’adresse au monde culturel parisien.
Adresse officielle : Ritz Paris, 15 place Vendôme, 75001 Paris.
Réservations : site officiel du Ritz Paris, rubrique Les Nuits Étoilées.










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