Home Food and WineGastronomieLavazza, Tales of Italy : cartographie d’un goût standardisé

Lavazza, Tales of Italy : cartographie d’un goût standardisé

by pascal iakovou
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Un espresso n’est jamais neutre en Italie. Il engage une géographie, une mémoire, une cadence sociale. Avec « Tales of Italy », la Maison Lavazza organise cette évidence en collection : non pas une gamme, mais une tentative de traduction sensorielle des villes italiennes à travers des assemblages précis.  

Fondée à Turin en 1895, Lavazza s’est construite sur une pratique qui relève presque de la composition musicale : l’assemblage. Mélanger des origines, ajuster des torréfactions, stabiliser un profil aromatique dans le temps. Cette méthode, initiée dès la fin du XIXe siècle, reste aujourd’hui le cœur de son savoir-faire industriel, avec neuf sites de production et une présence dans cent quarante marchés.   Ici, la collection « Tales of Italy » prolonge cette logique en la déplaçant vers un registre culturel : chaque café devient l’interprétation d’une ville.

Naples impose d’emblée un cadre technique clair. L’assemblage « Napoli » associe Arabica et Robusta issus d’Afrique, d’Amérique centrale et du Sud, ainsi que d’Asie du Sud et de l’Est. La torréfaction est prolongée, ce qui accentue la formation de composés aromatiques liés aux réactions de Maillard. Résultat : des notes identifiées de cacao et de caramel, avec une intensité mesurée à neuf sur dix.   Cette construction correspond à une tradition napolitaine documentée : un espresso court, dense, marqué par l’amertume structurante du Robusta.

Rome, à l’inverse, s’inscrit dans une logique d’équilibre. L’assemblage « Roma » repose également sur un mélange Arabica-Robusta, mais avec une torréfaction moyenne. Les notes décrites — noisette et chocolat noir — signalent une extraction pensée pour la rondeur plutôt que pour la puissance. Intensité huit sur dix.   Le café romain se boit plus volontiers allongé, dans une temporalité différente, souvent debout au comptoir, mais sans la radicalité napolitaine.

Ce qui se joue ici dépasse la simple déclinaison produit. Lavazza mobilise un registre de soft power alimentaire : transformer une habitude quotidienne — boire un café — en vecteur d’identité nationale exportable. La présence de la collection sur la fan zone de Roland-Garros en est un indice. Le café devient dispositif culturel dans un événement sportif globalisé, avec un « Latte Bar » et des recettes spécifiques conçues pour le public international.  

Les recettes elles-mêmes méritent attention. Celle inspirée des tozzetti — biscuits secs aux fruits à coque — associe espresso, sirop de noisette, lait et crème de citron. Une construction aromatique qui joue sur la superposition : gras lacté, sucrosité, acidité volatile des zestes.   À Naples, la référence bascule vers la sfogliatella, avec un mélange de cannelle, vanille et fleur d’oranger. On retrouve ici une tentative de translation pâtissière vers le liquide, fréquente dans la culture café contemporaine.

Reste une question : que devient l’authenticité dans ce processus ? Lavazza produit plus de trente milliards de tasses par an.   À cette échelle, l’évocation d’une ville ne peut être qu’une abstraction contrôlée. Mais c’est précisément là que réside l’intérêt de « Tales of Italy » : non pas reproduire fidèlement un territoire, mais proposer une grille de lecture accessible de la diversité italienne.

Le café, dans ce contexte, cesse d’être un simple breuvage. Il devient un langage. Une syntaxe faite de torréfaction, d’origines et de ratios. Et, chez Lavazza, une manière de raconter l’Italie sans passer par l’image — uniquement par le goût.

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