Home Food and WineLe rooftop du Peninsula Paris, ou l’art de faire de Paris un argument de vente mutuel

Le rooftop du Peninsula Paris, ou l’art de faire de Paris un argument de vente mutuel

by pascal iakovou
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Cinquante places assises, vingt debout, un plafond à ciel ouvert. Le rooftop du Peninsula Paris ne cherche pas à être grand. Il cherche à être juste, à 17h00, lorsque la lumière change sur le zinc des toits et que la silhouette de la Tour Eiffel commence à perdre sa précision dans la brume de fin d’après-midi. C’est à cette heure précise — celle qui donne son nom à la saison 2026 du rooftop — que le lieu révèle ce qu’il est vraiment : un espace conçu pour que deux maisons se valident mutuellement.

Car ce rooftop n’est pas seulement un bar d’été. C’est un dispositif.

Du côté de l’avenue Kléber, l’hôtel occupe un immeuble haussmannien de 200 chambres dont 93 suites, joint-venture entre Katara Hospitality, bras hôtelier de l’investissement qatari, et The Hongkong and Shanghai Hotels Limited, cotée à la Bourse de Hong Kong depuis 1866. Deux structures à gouvernance asiatique et moyen-orientale, implantées au cœur du patrimoine architectural parisien le plus codifié. Le rooftop est l’interface visible de cette équation.

La logique du partenariat

Cette saison, The Macallan y dévoile sa cuvée Distil Your World Paris. La distillerie du Speyside, fondée en 1824 par Alexander Reid dans des alambics de taille réduite, est connue pour ses fûts de sherry en chêne et sa production de single malt vieilli sur un domaine de 196 hectares. Ce qui est moins commenté : la cuvée Distil Your World est une série géographique — New York, Tokyo, Los Angeles ont eu leur édition. Paris 2026 est la suivante. Le choix du Peninsula comme terrain d’atterrissage n’est pas anodin. Il permet à The Macallan d’associer son whisky écossais à une adresse haussmannienne de référence, pendant que Peninsula renforce la légitimité gastronomique de son rooftop avec la signature d’une maison de distillation deux fois centenaire. Le whisky servi au verre — le Double Cask 12 ans, assemblage de fûts de sherry européens et américains — fait office de fil conducteur entre les deux identités.

Ce que le chef a compris

David Bizet, deux étoiles Michelin, a construit une carte pensée pour la main plutôt que pour la table. Petits plats à partager, servis de 18h00 à 22h30, à partir de 30 euros. Brioche feuilletée au jambon Bellota avec chutney pêche-tomate. Lobster roll à la flamme, relevé d’américaine, tomate confite et estragon. La logique est celle de l’accord : chaque assiette répond à un cocktail, chaque texture appelle une matière alcoolisée. Anne Coruble, cheffe pâtissière, signe un cookie céréales-gianduja accompagné d’une glace cacahuète — le même gianduja que l’on retrouve dans la construction du cocktail Ciel Ambré (The Macallan, amaretto, café), tonalité chaude et prolongée.

Le cocktail Brise Parisienne — coco, vanille, citron vert, ananas — fonctionne autrement : il est conçu pour la lumière du soir, celle qui précède la bascule chromatique vers laquelle toute la scénographie du rooftop est orientée.

Roche Bobois et la question du mobilier

Le mobilier signé Roche Bobois — teintes jaunes lumineuses — est le seul élément qui résiste à une lecture purement stratégique. Les assises larges, les couleurs solaires : c’est une décision esthétique qui ancre le rooftop dans une temporalité précise, celle de l’été parisien court et attendu, plutôt que dans l’intemporalité feutrée que l’on associe généralement aux intérieurs Peninsula. Le parti pris est assumé. Il donne au lieu une légèreté que ses 93 suites, en bas, n’ont pas forcément.

En fond sonore, le duo Bon Entendeur compose la playlist « Belle Époque ». Choix cohérent avec la cuvée Distil Your World Paris : les deux s’appuient sur Paris comme matériau, non comme décor.

Ce que le lieu dit de la saison

Sans réservation, ouvert de 17h00 à 01h00 selon les conditions météorologiques. Soixante-dix places au total, dans une ville où la concurrence des rooftops s’est densifiée depuis 2018. La contrainte météorologique est réelle : un rooftop parisien, c’est une proposition qui tient à la pression atmosphérique. C’est aussi ce qui lui donne son caractère.

La question qui reste ouverte n’est pas celle de la vue — elle est acquise, Tour Eiffel et Sacré-Cœur dans le même cadre. Elle porte sur la durée : est-ce que ce type de partenariat de marque croisée — une maison hôtelière étrangère, une distillerie écossaise, une ville française utilisée comme argument commun — constitue un modèle reproductible, ou un moment de marché ? La cuvée Distil Your World en est déjà à plusieurs éditions géographiques. La prochaine ville qui accueillera une telle collaboration dira quelque chose sur la valeur que le marché attribue encore à Paris comme label de prestige à l’exportation.

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