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Château de Calavon, quatre cuvées pour lire un terroir provençal

by pascal iakovou
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Au nord d’Aix-en-Provence, à Lambesc, un vignoble s’étire sur des sols argilo-calcaires, ponctués de galets et bordés de pins. La Maison Château de Calavon, propriété de la famille Audibert depuis cinq générations, y cultive une quinzaine de cépages, dont certains pieds de grenache âgés de soixante-dix ans. L’ensemble est conduit en agriculture biologique depuis 2013, sur cent hectares de vignes complétés par quinze hectares d’oliviers.  

Plutôt que de chercher l’effet de gamme, la propriété propose ici une lecture en quatre pièces d’un même territoire. Deux cuvées dites « Château », issues d’assemblages plus étendus et d’un élevage partiellement sous bois, dialoguent avec deux cuvées « Roquerousse », construites sur des vinifications en cuve visant la netteté aromatique.

Le rosé 2025 de la ligne Château repose sur un assemblage structuré : grenache noir (cinquante pour cent), syrah (vingt pour cent), mourvèdre (quinze pour cent), complétés par counoise et rolle. La vinification combine premier jus de goutte, pressurage direct et légère macération, avant une fermentation lente en cuve inox. Une partie du vin est ensuite élevée en barrique avec passage sur lies, l’autre conservée en cuve. Ce choix technique introduit une double lecture en bouche : tension issue de l’inox, volume lié au bois court.    

Le blanc 2024 adopte une logique comparable, mais appliquée à un spectre cépage plus large : rolle (cinquante pour cent), sauvignon blanc, sémillon, bourboulenc et clairette. Ici, l’élevage se concentre sur les lies en cuve inox, sans passage en barrique, afin de maintenir une ligne plus directe. Le travail sur les lies joue un rôle déterminant : il stabilise les équilibres acides et prolonge la matière sans recourir au bois.    

Face à ces deux pièces construites, les cuvées Roquerousse introduisent une autre temporalité. Le blanc 2025, dominé par le rolle (quatre-vingt-cinq pour cent), est vinifié après pressurage direct, avec une longue stabulation à froid en cuve inox. Cette étape, souvent négligée dans les discours commerciaux, agit comme un révélateur aromatique en fixant les composés volatils responsables des notes de fruits blancs et d’agrumes.  

Le rosé 2025 de la même ligne repose sur un assemblage plus resserré — grenache noir (soixante-dix pour cent), syrah (trente pour cent) — et sur une méthode similaire : pressurage direct, maintien à basse température, fermentation lente. L’objectif n’est pas la concentration mais la lisibilité du fruit, avec une structure portée par l’acidité plutôt que par l’élevage.  

Ce jeu de contrastes — bois court contre inox, assemblages étendus contre binômes cépages, travail sur lies contre stabulation à froid — traduit une approche presque pédagogique du terroir. Chaque cuvée isole un paramètre : texture, tension, expression aromatique. Ensemble, elles composent une cartographie plus qu’une collection.

Dans le paysage des Coteaux d’Aix-en-Provence, souvent résumé à une esthétique du rosé pâle et immédiat, cette proposition introduit une nuance. Elle rappelle que le rosé peut intégrer des logiques d’élevage et que le blanc provençal, encore marginal face à la demande internationale, peut articuler complexité et lisibilité sans recourir à des artifices œnologiques.

Le vignoble de Calavon, protégé par la garrigue et structuré par des terrasses orientées sud-est, agit ici comme un laboratoire discret. Rien de spectaculaire dans l’intention, mais une cohérence : faire parler le sol par des choix de vinification différenciés. Une manière, peut-être, de replacer la Provence dans une lecture plus agricole que balnéaire du vin.

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