Home ModeFashion WeekUNDERCOVER AH 2026/27 : Cindy Sherman regarde le quotidien se déformer

UNDERCOVER AH 2026/27 : Cindy Sherman regarde le quotidien se déformer

by pascal iakovou
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Une silhouette quotidienne, à première vue stable, mais dont les lignes semblent légèrement déplacées. Chez UNDERCOVER, l’équilibre ne tient jamais à la symétrie, mais à une tension interne — un vêtement qui paraît familier, jusqu’à ce qu’un détail vienne en perturber la lecture.

La collection Automne-Hiver 2026–2027 s’inscrit dans cette continuité. Elle repose sur un principe simple dans son énoncé : des vêtements de tous les jours, construits à partir de matières sélectionnées pour leur tenue et leur confort, auxquels s’ajoutent des déformations maîtrisées . Ce déplacement du regard — du spectaculaire vers l’usage — marque une inflexion importante dans la trajectoire de la Maison fondée par Jun Takahashi.

La marque insiste sur l’absence d’excès formel. Il faut entendre ici une réduction volontaire des effets visibles, au profit d’un travail plus discret sur la coupe et la structure. La distorsion, loin d’être un motif décoratif, agit comme une méthode. Elle altère les proportions, décale les coutures, introduit une instabilité contrôlée dans des pièces conçues pour être portées au quotidien.

Cette approche trouve son origine dans la collection Automne-Hiver 2004–2005, intitulée but beautiful, régulièrement citée comme point d’ancrage dans l’histoire d’UNDERCOVER . À l’époque, Takahashi explorait déjà une forme de tension entre fragilité et construction, entre désordre apparent et précision technique. Vingt ans plus tard, ce vocabulaire n’est pas abandonné ; il est absorbé, intégré, puis redéployé dans un registre plus calme.

Le choix de collaborer avec plusieurs entités — SEE REAL FLOWERS, GUIDI, BEAUTIFUL SHOES, FACTORY900, KIJIMA TAKAYUKI — introduit une autre dimension. Chacune intervient sur un segment précis : chaussure, accessoire, lunetterie, chapellerie . Cette fragmentation du geste n’est pas nouvelle dans la mode japonaise, mais elle prend ici une valeur particulière : celle d’un système où le vêtement central dialogue avec des objets périphériques conçus selon des logiques artisanales distinctes.

GUIDI, par exemple, est reconnu pour son travail du cuir teint en profondeur, souvent après assemblage, ce qui modifie la manière dont la matière vieillit et se patine. Intégrer ce type de savoir-faire dans une collection centrée sur la distorsion revient à prolonger cette idée dans la matière elle-même : un cuir dont la surface évolue, se marque, se transforme avec le temps.

L’intervention de Cindy Sherman, dont les images accompagnent la collection, déplace encore le cadre . Son travail photographique, fondé sur la transformation de l’identité à travers le costume et la mise en scène, entre en résonance avec les vêtements d’UNDERCOVER. Le corps n’est plus un support neutre, mais un espace de projection, traversé par des rôles, des altérations, des récits.

Ce qui se joue ici dépasse la saison. UNDERCOVER ne cherche pas à renouveler son langage à chaque collection, mais à le creuser. La distorsion devient une constante, presque une grammaire. Elle permet de maintenir une forme d’instabilité dans le vêtement, tout en le rendant portable, quotidien.

Une ligne tenue, sans rupture visible. Et pourtant, dans chaque pièce, un léger déplacement persiste — suffisamment pour que le regard ne se repose jamais tout à fait.

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