Il existe des collections d’été pensées pour la valise, et d’autres conçues pour fabriquer un imaginaire. Pour l’été 2026, Tory Burch choisit la seconde voie avec Splash, une proposition construite autour d’un vocabulaire balnéaire précis : raphia tressé, crochet ondulant, coton léger, cuir souple et palette inspirée des nuances océaniques. Rien ici ne cherche la rupture stylistique. La collection travaille plutôt l’idée d’une continuité estivale — cette garde-robe capable de passer de la plage à la ville sans modifier radicalement son allure.
Le choix du lieu de campagne éclaire cette intention. Photographiées par Anthony Seklaoui à GoldenEye, les silhouettes portées par Alex Consani et Sacha Quenby s’inscrivent dans un décor qui appartient déjà à une certaine mythologie du voyage contemporain. Ancienne propriété jamaïcaine d’Ian Fleming, GoldenEye occupe depuis plusieurs années une place particulière dans l’esthétique du luxe international : moins démonstratif qu’un resort caribéen classique, plus littéraire aussi. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses Maisons y cherchent aujourd’hui une forme d’authenticité tropicale débarrassée des codes tapageurs du tourisme de masse.
La collection elle-même repose sur une tension intéressante entre artisanat balnéaire et sophistication américaine. Les sacs seau Romy, réalisés en raphia tressé, prolongent cette fascination durable de la mode pour les matières végétales travaillées à la main. Depuis plusieurs saisons, le raphia s’est imposé comme contrepoint aux accessoires urbains structurés : une matière irrégulière, poreuse, qui assume le temps, le soleil et l’usage. Chez Tory Burch, il conserve une fonction décorative mais aussi narrative. Le tressage évoque autant les marchés côtiers méditerranéens que certaines traditions artisanales caribéennes.
Les débardeurs en coton ornés de fleurs en soie introduisent une autre dimension du vestiaire estival contemporain : celle d’un romantisme discret, presque domestique. Là encore, le détail technique compte davantage que l’effet visuel. Le coton garde une présence fonctionnelle tandis que les applications florales déplacent la pièce vers quelque chose de plus tactile, plus construit.
Les sandales plates en cuir, omniprésentes dans la collection, rappellent quant à elles le retour persistant d’une esthétique de simplicité contrôlée dans le luxe américain. Depuis quelques années, une partie des Maisons new-yorkaises semble s’éloigner du maximalisme post-réseaux sociaux pour retrouver une silhouette plus stable, plus portable, où la qualité de matière et la coupe remplacent l’effet de tendance immédiat. Tory Burch participe activement à cette évolution. Fondée en 2004, la Maison a progressivement quitté l’image d’un sportswear accessible pour développer un langage plus mature, notamment sous l’influence de collections récentes présentées à New York où le travail du volume et des textures a pris une place plus importante.
Splash apparaît ainsi moins comme une simple capsule estivale que comme un exercice de cohérence. La Jamaïque y devient décor culturel autant qu’arrière-plan chromatique. Les matières racontent le voyage sans tomber dans le folklore. Et surtout, la collection traduit une évolution plus large du luxe contemporain : le désir d’objets capables d’accompagner plusieurs rythmes de vie plutôt que des moments spectaculaires destinés uniquement à être photographiés.
Dans les images réalisées par Seklaoui, l’été n’est jamais totalement euphorique. Il semble ralenti, presque silencieux. Comme ces fins d’après-midi où la chaleur commence enfin à tomber et où les vêtements cessent d’être un signal pour redevenir simplement une manière d’habiter le temps.







































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