Home Food and WineAu Prince de Galles, un jardin caché rouvre l’été

Au Prince de Galles, un jardin caché rouvre l’été

by pascal iakovou
0 comments

Invisible depuis l’avenue George V, le Patio du Prince de Galles est l’une de ces cours parisiennes que la rue ignore. Pour l’été 2026, ce jardin intérieur renoue avec l’année de naissance de l’hôtel — 1929 — et avec l’esthétique qui l’a façonné. Promenade dans un décor qui se devine plus qu’il ne s’affiche.

Une géographie de l’invisible

Paris est une ville à secrets, et le Patio du Prince de Galles en est un. On le cherche sans le voir : rien, depuis le trottoir du Triangle d’Or, ne signale ce jardin enclos au cœur de l’hôtel. Cette discrétion fait partie du lieu autant que ses mosaïques. À deux pas des Champs-Élysées, la cour fonctionne comme une chambre d’air, une respiration arrachée au tumulte d’une des avenues les plus fréquentées de la capitale.

Le Prince de Galles, ouvert en 1929, appartient à cette génération d’hôtels parisiens nés avec l’Art déco et qui en portent l’empreinte dans leurs moindres recoins. Le Patio en conserve la grammaire : lignes nettes, jeux de matières, mosaïques qui captent la lumière et la renvoient en éclats. Pour la saison estivale, l’adresse a choisi de ne pas masquer cet héritage mais de le réveiller, autour d’un thème — l’Art déco et le voyage — qui était déjà, dans les années 1930, l’horizon de cette modernité élégante tournée vers l’ailleurs.

202606 cppatio2.002

Le Sud, sans quitter le huitième

La scénographie convoque une Méditerranée imaginaire. Palmiers dessinant une verticalité douce, palette d’ocres, de terracotta et de verts profonds, végétation dense refermée sur elle-même : le Patio joue l’oasis urbaine, suggérée plutôt qu’affirmée. La lumière y travaille comme un matériau ; elle se déplace au fil des heures et fait passer le lieu d’une clarté vibrante, le jour, à des teintes plus intimes au crépuscule.

La cuisine prolonge ce déplacement géographique. Burratina des Pouilles relevée d’huile d’olive citronnée, poulpe rôti à la braise et tomates anciennes, pissaladière caramélisée, gambas en tempura : la carte s’organise autour du partage et des escales, croisant mezzés orientaux et classiques revisités. La maison y glisse ses signatures, du Lobster Roll Riviera aux desserts qui referment le voyage sur une note nostalgique.

Ouvert en 1929 sur l’avenue George V, le Prince de Galles, A Luxury Collection Hotel, compte 115 chambres et 44 suites, dont la Suite Lalique. Il abrite le bar et restaurant 19.20 by Norbert Tarayre, inauguré en 2023, et le restaurant Akira Back.

L’heure du cocktail comme bascule

C’est à la tombée du jour que le Patio change de registre. La carte des cocktails se lit comme une extension de l’esthétique Art déco : contrastes maîtrisés, structure, précision. Les classiques se teintent du Sud — un Spritz Riviera, un Negroni méditerranéen aux amertumes plus aromatiques, un Martini basilic et agrumes, un Bellini à la pêche blanche — et les compositions sans alcool obéissent à la même exigence, pour que la métamorphose du lieu se goûte à toute heure.

Dans cette progression du jour à la nuit, le décor cesse d’être un cadre pour devenir un récit. Le Patio raconte une certaine idée de l’hospitalité parisienne, sensible et sans ostentation, où le luxe se loge dans la lumière et la lenteur plutôt que dans la démonstration.

Les scénographies estivales passent, mais la cour demeure, et c’est peut-être là sa vraie valeur. Tant que Paris gardera de ces jardins que la rue ne soupçonne pas, il restera, au cœur du huitième, des endroits où l’été se vit à l’abri des regards — et où l’Art déco, un siècle après, n’a pas fini de faire de l’ombre une matière.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

Related Articles