Présentée samedi 20 juin à Milan, la collection printemps-été 2027 de Church’s ne se déploie pas sur un podium nu. La maison anglaise met en scène trois espaces domestiques — Townhouse, Cottage, Villa — et fait du soulier le seul langage commun entre eux.
Townhouse, l’art de la réception
La première pièce de cette maison imaginaire reprend les codes de la réception mondaine, qu’elle leste de références vintage avant de les alléger par des lignes contemporaines. Le derby Tayport, en cuir Polished Fumé, joue sur une profondeur de couleur qui donne à la chaussure une silhouette maîtrisée, sans excès d’apprêt. Le mocassin Taunton, en cuir Ocean Calf, introduit une note plus relâchée, plus fluide dans la matière. Sur le richelieu Thirsk, l’ornementation est traitée avec une économie de moyens revendiquée : les détails du bout fleuri, dits « wingtip », sont obtenus uniquement par des surpiqûres et des perforations, sans la moindre découpe du cuir — un parti pris technique qui transforme une étape habituellement structurelle en geste presque graphique.
Cottage, la lenteur des week-ends
La deuxième pièce ouvre sur un rythme plus lent : déjeuners qui s’étirent, promenades dans des jardins, week-ends sans urgence apparente. Le modèle Tavistock s’y décline en tissu à carreaux ou en cuir de chèvre à finition antique, avec ce grain patiné qui évoque un objet déjà vécu plutôt qu’un objet neuf. Sa déclinaison en cuir brossé, partagée avec la bottine Tain Chukka, passe sans effort de la campagne à la ville, comme un vêtement qui n’aurait pas besoin de changer pour changer de décor.
Villa, l’heure du crépuscule
La troisième pièce s’ouvre lorsque la lumière baisse et que les codes vestimentaires se relâchent. Pensée pour les terrasses et les loggias, elle réinterprète le mocassin comme une chaussure capable de traverser les heures sans rupture de registre. Le modèle Jason reprend le montage dit « California », traditionnellement réservé aux chaussons d’intérieur, associé ici à une semelle en cuir et une semelle intérieure fortement rembourrée — une construction d’ordinaire domestique, transposée dans un vestiaire de sortie. Le mocassin Telford, lui, mise sur une couture d’empeigne plus travaillée pour signer sa silhouette sans recourir à l’ornement. Cette continuité entre l’intérieur et l’extérieur, entre le chausson et la chaussure de sortie, est sans doute le geste le plus révélateur de toute la collection : Church’s ne cherche plus à séparer le confort domestique du soulier de ville, mais à les faire coexister dans une même paire, quitte à brouiller la frontière entre les deux usages.
Une maison plutôt qu’une rue
Church’s referme cette collection sur un projet spécial consacré à la Shannon, l’un de ses modèles les plus anciens, lancé en 1974. Le choix n’est pas neutre. Fondée à Northampton en 1873 et longtemps associée à l’image de la rue londonienne, la maison — passée dans l’orbite du groupe Prada en 1999 tout en conservant son atelier historique de Northampton et la construction Goodyear welted qui en a fait sa réputation — choisit cette saison de raconter sa garde-robe d’été à travers les pièces d’une demeure plutôt que les façades d’une avenue. Le soulier anglais, habituellement pensé pour être vu en mouvement dans l’espace public, se retrouve mis en scène dans l’intimité d’un intérieur. Reste à savoir si ce glissement de la rue vers la maison restera un décor de saison, ou s’il annonce une manière plus durable, pour la chaussure de tradition, de se raconter autrement qu’en façade.
Détail — Sur le richelieu Thirsk, les perforations et surpiqûres du bout fleuri remplacent entièrement la découpe du cuir, une étape habituellement nécessaire pour ce type d’ornementation dite « wingtip ».


















Cette publication est également disponible en :
