Aux Riceys, le Pinot Noir ne mousse pas toujours. Il infuse, il macère, il se tait. Dans cette partie méridionale de la Champagne, le vin tranquille persiste comme une mémoire active, portée ici par le Domaine Alexandre Bonnet à travers deux interprétations du millésime 2022.
Il faut quitter l’image réflexe du champagne effervescent pour comprendre ce qui se joue aux Riceys. Sur ces coteaux abrupts où affleurent des calcaires kimméridgiens mêlés de marnes légèrement ferrugineuses, le Pinot Noir ne cherche pas la tension de la bulle mais celle du sol. L’altitude — autour de 250 mètres — et l’exposition plein sud inscrivent le vignoble dans un climat paradoxal : septentrional par latitude, solaire par orientation.
Le Domaine Alexandre Bonnet s’inscrit dans cette géographie sans la corriger. Il la traduit.
Le rouge 2022 repose sur une décision technique nette : vendange entière, encuvage gravitaire et extraction par infusion pendant environ une semaine.
Ici, pas de recherche de puissance par remontage intensif ou extraction mécanique. Le jus se construit par diffusion lente, laissant la peau du raisin transmettre tanins et pigments sans rupture. La fermentation malolactique se déclenche naturellement, le sulfitage reste contenu, et l’élevage se fait majoritairement en fûts de seconde main avant deux années de repos en bouteille.
Ce protocole produit une matière structurée mais non démonstrative : tanins fins, texture étirée, tension acide maintenue. Le vin peut être servi légèrement rafraîchi, signe d’un équilibre où l’alcool (12,89 %) ne domine pas la structure.
En parallèle, le blanc 2022 adopte une logique inverse mais complémentaire : Pinot Noir vinifié en blanc, complété par une part de Chardonnay, avec un élevage partiel en fûts.
Le cépage, débarrassé de sa charge colorante, devient vecteur de texture et de tension. Le Chardonnay intervient comme correcteur d’architecture, apportant une lecture plus verticale. L’ensemble se construit autour d’une signature saline directement liée aux calcaires kimméridgiens.
Ce diptyque rouge/blanc révèle moins une gamme qu’un système : celui d’un Pinot Noir capable de changer de registre sans quitter son origine.
Détail
- Terroir : calcaires et marnes du Jurassique kimméridgien
- Culture : pratiques agroécologiques, absence d’herbicides et d’insecticides, certifications HVE et VDC depuis 2015
- Taille : Guyot simple raccourcie (huit yeux)
- Vendanges : exclusivement manuelles, tri à la vigne
- Production rouge 2022 : 5216 bouteilles, 113 magnums
Le Rosé des Riceys 2022, produit à part, prolonge cette logique d’infusion. Une macération semi-carbonique de trois jours, incluant un foulage partiel au pied, organise la circulation du jus sans brutalité.
Le vin se situe alors dans un interstice : ni rosé technique, ni rouge allégé, mais une forme intermédiaire historiquement ancrée dans la région.
Ce positionnement éclaire un phénomène plus large : la Champagne redécouvre ses vins tranquilles au moment où le marché global cherche des expressions moins standardisées. Là où la bulle impose une signature homogène, le coteaux champenois réintroduit la variabilité du lieu.
Le Domaine Alexandre Bonnet ne propose pas une alternative au champagne. Il rappelle que celui-ci n’a jamais été l’unique récit possible.




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