La Grande Dame Rosé 2018 de Veuve Clicquot repose sur un sol de 1,3 hectare acquis avant la Révolution. Deux cent quatre-vingt-cinq ans de possession ininterrompue pour un seul usage : fournir le vin rouge d’assemblage d’une cuvée qui n’existe que lors des millésimes que la Maison juge à la hauteur du Pinot Noir.
L’histoire du champagne rosé d’assemblage commence à Bouzy en 1818. Madame Clicquot incorpore alors des vins rouges de ce village Grand Cru à ses vins blancs et produit ce que les archives désignent comme le premier rosé d’assemblage connu. Ce geste n’est pas improvisé : dès 1812, elle expédiait séparément les vins tranquilles de Bouzy à ses clients, les considérant comme une production à part entière. Elle connaissait le sol. Elle en possédait une portion depuis 1741, sous le nom de Clos Colin.
Ce clos, aujourd’hui 1,3 hectare, est le seul pourvoyeur du vin rouge qui entre dans La Grande Dame Rosé. Son sol argilo-calcaire enrichi en sable génère un stress hydrique modéré — condition qui concentre les baies et construit des tanins structurés sans dureté. L’exposition du Clos favorise un drainage efficace, paramètre décisif pour un cépage aussi sensible à l’excès d’eau que le Pinot Noir.
Détail — L’assemblage comme architecture
La cuvée 2018 croise deux logiques de Montagne de Reims : les Pinots Noirs des versants nord y apportent tension et verticalité, ceux du sud, texture et ce que les vignerons champenois appellent le soyeux. Le Chardonnay de la Côte des Blancs intervient en complément pour la salinité et la fraîcheur. Le vin rouge du Clos Colin — fermenté avec pigeages et remontages en cuves inox thermorégulées après macération à froid — est la charnière qui maintient l’équilibre entre ces polarités. Didier Mariotti, Chef de Caves de Veuve Clicquot, formule cette architecture ainsi : « La Grande Dame et la Gastronomie de Jardin sont liées. Issues toutes deux de la terre et du travail des hommes, elles nous rappellent le cycle des saisons, l’appréhension de la récolte, la typicité d’un sol, d’un millésime. »
Le millésime 2018 constitue le onzième Rosé depuis la création de la cuvée en 1988 — chiffre qui dit autant que le reste. En trente-sept ans, onze éditions seulement. La cuvée n’existe pas chaque année ; elle attend que le Pinot Noir soit, selon la terminologie interne, à la hauteur. En 2018, un hiver pluvieux suivi d’un été long et chaud a produit une récolte que la Maison a jugé conforme à ses critères. Le livre d’assemblage historique — document conservé à Reims — contient les traces de chaque décision depuis 1818.
À Verzy, un potager de 2 500 m² cultivé en permaculture sur des sols comparables à ceux du vignoble accompagne aujourd’hui la cuvée à travers le programme Garden Gastronomy — quatorze chefs étoilés travaillant sur les accords à partir de légumes poussant dans la même terre que les vignes. Ce rapprochement entre viticulture et maraîchage n’est pas un argument marketing : c’est une question posée au terroir sur sa propre cohérence.
Madame Clicquot écrivait à un correspondant le 15 novembre 1833 : « Il existe en effet en Champagne un coteau qu’on appelle Bouzy, et qui a fourni de tous les temps des vins rouges non mousseux d’une remarquable qualité et d’un goût délicat. » Le Clos Colin est sur ce coteau. Il l’est toujours.


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