In Haircare, ou la réappropriation culturelle du soin capillaire

by Pascal Iakovou
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Le marché capillaire parle désormais le langage du cuir chevelu. Microbiome, circulation sanguine, exfoliation douce, kératine végétale : le vocabulaire s’est déplacé de la simple cosmétique vers une approche presque fonctionnelle du cheveu. Dans cette transition, In Haircare occupe une place singulière. Non pas parce que la Maison revendique une naturalité devenue omniprésente, mais parce qu’elle articule cette promesse autour d’un héritage longtemps marginalisé par l’industrie : celui des cheveux texturés.

Créée en 2019 par Rebecca Cathline et Didier Derozin, In Haircare prolonge l’histoire de Ma Coiffeuse Afro, plateforme lancée en 2016 pour faciliter l’accès à des professionnels spécialisés dans les cheveux crépus, frisés et bouclés.   Ce point de départ compte. Pendant des décennies, la cosmétique capillaire européenne a considéré les textures afro comme un segment périphérique, souvent réduit à quelques huiles épaisses ou à des produits disciplinants. In Haircare choisit au contraire de construire son discours autour du soin quotidien, du scalp care et du selfcare.

Le cœur narratif de la Maison repose sur l’huile de carapate, encore appelée ricin noir. Rebecca Cathline raconte avoir vu sa grand-mère préparer cette huile à partir de graines de carapatier séchées, associées à de la menthe poivrée.   Cette transmission familiale devient ici matière cosmétique mais aussi geste culturel. La technique d’extraction artisanale est décrite comme un savoir transmis « de mère en fille ».  

L’intérêt de cette huile dépasse l’imaginaire traditionnel du bain capillaire. Riche en acides gras, notamment en acide linoléique, elle agit comme agent gainant et nourrissant pour des fibres souvent plus sèches et plus poreuses.   In Haircare l’associe systématiquement à l’huile essentielle de menthe poivrée, concentrée en menthol à hauteur de 30 à 55 %.   Ce détail n’est pas anodin : la stimulation des “récepteurs froids” du cuir chevelu participe aujourd’hui d’une esthétique sensorielle devenue centrale dans les routines scalp care.

La marque adopte surtout une logique “in & out”, mélange de compléments alimentaires et de soins topiques. Les gélules associent romarin, ortie, prêle, zinc, biotine et ginseng pour soutenir la synthèse de kératine.   Une approche qui reflète l’évolution contemporaine de la beauté : le cheveu n’est plus seulement coiffé, il est pensé comme un indicateur physiologique.

Le Sérum Boost & Scalp traduit cette hybridation entre aromathérapie, biotechnologie végétale et performance mesurée. Formulé à 97,7 % d’ingrédients d’origine naturelle, il associe huile de carapate, tea tree, maca bio, aloe vera et protéines de riz.   La marque revendique +81 % de volume capillaire après douze semaines et +12 % d’épaisseur de fibre.   Des chiffres à lire avec prudence, mais révélateurs d’un secteur désormais obsédé par la preuve instrumentale.

La gamme Care poursuit cette logique avec des formules sans sulfates, sans silicones et fortement concentrées en ingrédients d’origine naturelle. Le shampoing Wash’n Care utilise eau de riz, kératine végétale et protéines de blé pour nettoyer sans décaper les cheveux texturés.   L’eau de riz, longtemps associée aux rituels capillaires asiatiques, devient ici un actif transversal dans une cosmétique mondialisée du soin.

Le plus intéressant reste peut-être la manière dont In Haircare traite le cuir chevelu comme une extension du skincare. Le shampoing Wash’n Purify parle explicitement de microbiome cutané, d’acide lactique et d’extraits d’algues rouges pour rééquilibrer l’écosystème du scalp.   La Gelée Détox, elle, introduit vinaigre d’hibiscus, sels fins marins et menthe poivrée bio dans une logique d’exfoliation douce.  

Cette évolution raconte quelque chose de plus large. Longtemps, le luxe capillaire a privilégié la brillance visible et le coiffage. La nouvelle génération de maisons indépendantes replace le cuir chevelu au centre et considère le cheveu texturé non comme une exception à corriger, mais comme un territoire technique à comprendre.

Chez In Haircare, cette approche prend la forme d’une cosmétique de transmission. Une beauté moins démonstrative, plus réparatrice. Et probablement plus durable culturellement.

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