Atelier Wempe au:thentic, la joaillerie comme grammaire ouverte

by Pascal Iakovou
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Un fil d’or coupé net. Une boucle formée à la pince. Un geste d’atelier, presque élémentaire, devient ici un principe esthétique. Avec Atelier Wempe au:thentic, la Maison Wempe ajoute une troisième ligne joaillière à son répertoire et choisit un terrain très contemporain : celui d’un bijou moins assigné au genre qu’à l’usage.

La collection lancée le 4 mai 2026 se construit autour de formes simples : lignes franches, asymétries, maillons, éléments enveloppants. Le détail le plus parlant tient dans ces arêtes stylisées, pensées comme une trace du processus de fabrication. Patrick Sieroslawski, Head of Private Label Design chez Wempe, en donne la clé : « My goal was to make the craftsmanship visible in the designs ». Le dessin ne masque donc pas l’atelier ; il le cite.  

Cette genèse n’est pas seulement formelle. Sieroslawski relie la collection à son premier jour dans une manufacture londonienne, lorsqu’il coupait des fils d’or, formait des anneaux de connexion et les enroulait. Le motif de départ n’est pas un symbole plaqué après coup, mais une opération de bijouterie devenue langage. Les pièces peuvent être portées seules, superposées ou associées à des bijoux existants, selon une logique modulaire.  

Wempe inscrit cette ligne dans une séquence en quatre phases sur deux ans. Les torsions, enveloppements et liens doivent gagner en complexité à mesure que la collection avance ; les déclinaisons incluent l’or rose, l’or blanc et l’or jaune, ainsi que différentes solutions de fermoirs.   Ce choix progressif est peut-être le point le plus intéressant : au:thentic n’est pas présentée comme une capsule close, mais comme un vocabulaire appelé à s’épaissir.

La base matérielle reste lisible : or 18 carats, bagues de tailles 49 à 65, pendentifs de 52 ou 58 cm, créoles de 15 mm ou taille M, bracelets en tailles XS à L. Certaines versions serties utilisent des diamants G-SI, de 0,29 ct pour certains pendentifs à 3,60 ct pour des bracelets.     Les tableaux du dossier de presse, pages trois à huit, montrent une collection pensée par familles plutôt que par pièces isolées : bagues, pendentifs, créoles, bracelets.

Le lieu de fabrication éclaire l’intention. Depuis 2007, Wempe détient 50 % de la manufacture L.C. Köhler à Schwäbisch Gmünd, où sont réunis orfèvrerie, polissage, fonte des métaux et sertissage. Le dossier mentionne aussi l’usage de programmes informatiques et d’imprimantes 3D pour les prototypes.   L’information est confirmée par l’historique officiel de Wempe, qui situe cette prise de participation en 2007.  

Le contexte compte. Fondée en 1878 à Elsfleth et installée à Hambourg depuis 1907, Wempe appartient à ces maisons familiales allemandes dont la légitimité s’est construite à l’intersection de l’horlogerie, de la joaillerie et du service.   En lançant une ligne gender-fluid, elle ne se contente pas d’adoucir les catégories ; elle observe que le bijou contemporain n’a plus besoin de choisir entre parure masculine et parure féminine. Il cherche plutôt une syntaxe : comment tenir sur la peau, comment dialoguer avec d’autres pièces, comment ne pas tout dire.

L’écueil serait de confondre neutralité et effacement. Atelier Wempe au:thentic semble éviter cette zone grise par un signe précis : la coupe. Ce bord net, hérité du fil travaillé, donne au bijou son accent. Dans une époque saturée de récits d’identité, Wempe répond par une décision de dessin. C’est plus calme. Et souvent plus durable.

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