Ferrari Luce, Bentley Supersports, Rolls-Royce Spectre, réplique LEGO capable de dépasser 100 km/h : au Goodwood Festival of Speed, ces véhicules n’ont en apparence rien en commun, sinon la même gomme sous les roues.
Chaque été, le Goodwood Festival of Speed transforme une colline du Sussex en vitrine de tout ce que l’automobile compte de désirable, du prototype le plus confidentiel à la relique la plus mythifiée. Pirelli y revient cette année avec sa gamme P Zero, et le détail le plus révélateur du dossier de presse n’est pas la liste des voitures présentes, mais la diversité de solutions techniques qu’il a fallu développer pour chacune d’elles. Pour la nouvelle Ferrari Luce, le manufacturier italien a conçu sur mesure un P Zero E ; pour la Bentley Supersports, la Porsche Taycan Turbo GT équipée du kit Manthey et la BMW M2 dotée du kit M Performance Track, c’est le P Zero Trofeo RS qui a été retenu. Trois voitures, trois philosophies de conduite, un même nom de gamme mais trois pneus fondamentalement différents.
La Pagani Utopia Roadster pousse cette logique plus loin encore : chaussée d’un pneumatique semi-slick Pirelli, elle devient le tout premier véhicule à adopter le Cyber Tyre, un pneu connecté capable de transmettre en temps réel des données sur son propre comportement — pression, température, usure — directement aux systèmes électroniques de la voiture. L’objet cesse alors d’être une simple pièce de caoutchouc pour devenir un capteur à part entière, au même titre que les radars ou les caméras embarquées. Dans un secteur où l’innovation se concentre en général sur les moteurs, les batteries ou les interfaces numériques, ce déplacement de l’intelligence vers le point de contact avec la route mérite d’être noté : la voiture la plus rapide du monde ne vaut plus rien sans un pneu qui sait, lui aussi, ce qu’il fait.
Le segment du luxe électrique pose un défi d’une autre nature, que la Rolls-Royce Spectre et la Jaguar Type 01 illustrent avec leurs pneumatiques P Zero ELECT, développés spécifiquement pour les véhicules électriques et hybrides rechargeables, avec des diamètres pouvant atteindre 23 pouces. Le couple instantané des moteurs électriques, le poids supplémentaire des batteries et l’exigence de silence propre à une voiture de luxe imposent des contraintes que l’ingénierie pneumatique classique ne suffit pas à résoudre — un rappel utile que l’électrification du haut de gamme ne se joue pas seulement sous le capot, mais aussi, littéralement, au ras du bitume.
La note la plus inattendue du communiqué reste sans doute la plus légère : la mégacar Sadair’s Spear de Koenigsegg y côtoie sa propre réplique en LEGO Technic, chaussée du même Pirelli P Zero Trofeo RS, qui a établi lors de la montée de côte de Goodwood le record de vitesse pour un véhicule LEGO roulant, atteignant 111 km/h. L’anecdote prête à sourire, mais elle dit quelque chose de juste sur ce que Goodwood met en scène chaque année : un même souci de performance, du jouet d’ingénieur à l’hypercar homologuée, où le pneu — élément le plus discret, le moins photogénique, le plus rarement cité dans les fiches techniques — continue de décider, en silence, de ce qui roule vite et de ce qui reste au garage.
Fondé en 1993 par Lord March sur les terres de son domaine familial, le Goodwood Festival of Speed s’est imposé en trois décennies comme le rendez-vous automobile le plus regardé d’Europe, loin du format classique du salon en intérieur : ici, les voitures ne se contentent pas d’être exposées, elles grimpent la mythique côte de 1,86 kilomètre devant un public amateur d’essais grandeur nature. Ce format compétitif, où chaque véhicule doit littéralement faire ses preuves sur le bitume, explique sans doute pourquoi les équipementiers y trouvent une vitrine plus honnête qu’ailleurs : à Goodwood, un pneu mal adapté se voit immédiatement, chronomètre à l’appui.









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