Le métier de Home Organiser cherche à se structurer en France. Lors d’une séance dans un dressing, la fondatrice de Fée du Tri a détaillé sa méthode, ses durées de chantier et la différence qu’elle fait entre ranger pour quelqu’un et trier avec lui.
Elodie Iglesias commence par déplacer le problème. Avant de regarder une pièce, avant la première question, elle demande que le dressing soit vidé : tout sort, tout se retrouve au sol. « L’erreur que font les gens d’habitude, c’est de trier en laissant à l’intérieur », dit-elle. Les vêtements avaient été réunis au même endroit en amont de sa venue. Il reste à les arracher à leur place, celle qui les dispense d’être examinés.






Le tri se fait ensuite pièce par pièce, à deux. Sa règle tient en une formule qu’elle énonce d’emblée : le doute vaut réponse. Ce qui fait hésiter ne reste pas. Elle y met aussitôt une réserve. Un vêtement peut être gardé pour une raison sentimentale, et c’est légitime. Il est alors identifié comme tel : d’un côté ce qui sert au quotidien, de l’autre ce qui est conservé pour une autre raison. La distinction compte, parce qu’elle empêche le sentiment de contaminer l’usage.
Elle ne tranche pas à la place de la personne. Elle dit deviner, à la réaction immédiate, ce qui doit partir, et ajoute que la décision n’est pas la sienne. Son exemple : une pièce laide, mais qui vient d’un grand-père. Elle ne la fera jamais écarter. « Je vais jamais décider pour toi, évidemment. »
Selon elle, le regard extérieur change la nature de l’exercice. Les gens qui la font venir ont déjà fait un choix, celui d’appeler. Ils sont prêts, et en voyant ce qu’ils possèdent, ils constatent qu’ils ne le portent pas. Elle avance qu’un tri de maison évacue en moyenne 60 % des objets. Elle précise aussitôt qu’elle ne promet pas ce chiffre pour le dressing du jour. C’est une estimation de praticienne, non une mesure.
Le travail suit un ordre qu’elle dit ne jamais reproduire à l’identique, parce qu’il dépend de l’appartement. Elle aime commencer par la chambre de la personne qui l’a engagée, la pièce où l’on se ressource. Les salles de bain sont longues, parce que les petits produits s’accumulent. Le but, formulé sans détour : que tous les objets passent entre ses mains, « le moindre truc ». La conséquence est matérielle. Pendant la progression, certaines pièces s’encombrent des objets qui doivent aller ailleurs. C’est la raison pour laquelle elle recommande de traiter la maison entière : la méthode ne tient que si elle va jusqu’au bout.
Deux manières de travailler
Il existe, explique-t-elle, deux façons d’exercer ce métier. La première est celle qu’elle pratique ce jour-là : on trie ensemble. La seconde s’adresse à une clientèle plus haut de gamme, qui veut que ce soit beau et ne demande pas forcément de passer par le tri. On vient ranger, réorganiser. Elle ne conteste pas la demande : on paie pour cela, dit-elle, et c’est légitime. Mais l’approche n’est pas la même, parce que ces clients vont continuer à consommer.
Elle préfère trier. Passer quelques heures à décider de ce qui reste produit des prises de conscience. Elle ne demande pas de cesser d’acheter. Son raisonnement est plus simple : le problème n’est pas de posséder des choses insuffisamment jolies, c’est d’en avoir trop.
Le propos sépare deux services que l’on confond volontiers, l’embellissement d’un intérieur et la décision sur ce qu’on y garde, et place le second avant le premier. On peut en discuter les limites. Une clientèle qui délègue le rangement ne souhaite pas nécessairement se voir imposer des décisions en prime, et Elodie Iglesias le reconnaît elle-même en nommant l’autre façon d’exercer. Elle n’en fait pas une morale. Elle décrit deux prestations qui ne produisent pas la même chose.






D’une caméra à un réseau
Son parcours explique l’insistance sur le terrain. Elle a été assistante caméra dix ans dans le cinéma, jusqu’en 2016. En 2017, elle lance Fée du Tri et quitte la région parisienne pour Bordeaux, sur le mode « maintenant ou jamais ». Elle ne travaille alors qu’avec des particuliers. Elle compte près de 350 maisons triées de sa main, et peut-être 400 aujourd’hui.
Très vite, une autre demande se superpose à la première. Des personnes l’appellent pour faire le même métier, environ une par jour. Sur une année, elle dénombre 300 appels, de trente minutes à une heure chacun. De là vient la formation. La première session se tient en présentiel, avec douze places, et se remplit aussitôt. Le Covid arrive environ trois mois plus tard. Elle met alors la formation en ligne, avec une société de production, ce qui lui sert de son passé de technicienne de l’image.
La vente en ligne, dit-elle, est un autre métier. Elle cesse de trier elle-même et délègue à des ambassadrices qu’elle choisit. Le site propose un moteur de recherche par département : on saisit le sien et on arrive sur la page de celle qui le couvre. En Île-de-France, elles sont quatre.
À l’échelle de l’entreprise, Fée du Tri indique fédérer plus de 30 professionnelles et avoir formé plus de 2 000 personnes, principalement des femmes de 25 à 55 ans en reconversion. Son communiqué ajoute qu’Elodie Iglesias a été formée par Marie Kondo. Ces éléments sont ceux de l’entreprise, et aucun n’a été vérifié de façon indépendante.
Ce que la séance établit
Ce qu’elle permet d’établir est limité : une méthode (sortir, décider à deux, classer le sentimental à part), des ordres de grandeur de durée, un argument sur la différence entre ranger et trier. Elle ne permet pas de mesurer l’effet. Les bénéfices en clarté mentale que met en avant l’entreprise restent une déclaration, sans chiffre à l’appui. Un seul indicateur est donné par Elodie Iglesias elle-même, et il est modeste : le lendemain d’un tri, devant un achat, on se demande « est-ce que je vais vraiment l’acheter, ce truc-là ? »
Durées annoncées par Elodie Iglesias : un dressing, une demi-journée ; une chambre ou un bureau, environ une journée, selon le volume de papiers ; une cuisine, une journée ; un appartement entier, six jours en moyenne. Les salles de bain demandent davantage de temps que leur surface ne le laisse penser.
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