La Formule 1 est revenue à Madrid le 13 septembre, après plus de quarante ans d’absence, sur un tracé que personne n’avait encore couru en course. Invité par Moët Hennessy, j’ai d’abord parcouru Madring en camion, à vitesse de piéton, avant de le voir disputé depuis la loge de TAG Heuer.
Un camion, une pente, le soir des qualifications
Le camion avance au pas sur l’asphalte de Madring. Les qualifications sont terminées, les monoplaces rentrées, et le soleil, déjà bas, arrive de côté sur la piste. Quelques heures plus tôt, elle appartenait aux voitures. C’est la fin d’un samedi de septembre, après une journée de Formule 2 puis de qualifications.
On apprend peu d’un circuit depuis une tribune. Une voiture passe, le bruit arrive après elle, elle disparaît derrière un mur. Rouler dessus, même lentement, change l’échelle. Puis vient La Monumental, le douzième virage : une courbe à droite de 550 mètres, relevée jusqu’à 24 %, le maximum que la FIA autorise. Son nom vient des arènes de Las Ventas, et le camion s’y engage comme dans un amphithéâtre. Le demi-cercle, le mur à l’extérieur, une piste de douze mètres de large qui ne désigne aucune ligne évidente. À l’allure du camion, la pente se sent sous les roues, un dévers qui pousse le corps vers l’extérieur sans qu’aucune vitesse ne vienne le justifier. On se dit que la même courbe, prise à fond, doit être autre chose.
Détail : La Monumental. Douzième virage de Madring, c’est la plus longue courbe relevée du calendrier : 550 mètres, 24 % de pente maximale (13,5 degrés), douze mètres de large. Carlos Sainz estimait l’entrée entre 180 et 200 km/h. Une bosse à la sortie la rend un instant aveugle. Les voitures y dépassent 300 km/h avant de retomber à 140 dans le virage lent qui suit.
Un circuit sans passé
Tout avait commencé le vendredi par un vol du matin, puis l’hôtel, puis les équipes de la Maison. Une dégustation de Numanthia a suivi, en présence de Julio Rodríguez Buren, directeur général de la bodega. Ce vin espagnol du groupe serait servi tout le week-end dans les espaces d’hospitalité, comme il l’avait été à Barcelone. Le soir, dîner au Ten con Ten, dans une salle très animée.
Pour tout le monde, ce Grand Prix était une première. Le tracé, neuf, mesure 5,4 kilomètres et compte 22 virages, posés autour du parc des expositions d’Ifema, près de l’aéroport. Les hospitalités avaient été entièrement repensées, et les équipes qui nous recevaient découvraient les lieux en même temps que nous. Tout était pris en charge, de l’horaire au transfert. Un circuit sans passé a cet effet : chacun y arrive au même niveau d’ignorance, les invités comme les pilotes.
Le samedi, le Paddock Club. Derrière la course, il existe une seconde scène, celle des paddocks. On y voit les écuries se préparer, les animations, l’arrivée des pilotes à travers tout cela. C’est un autre rythme que celui de la piste, plus lent et plus dense, où beaucoup de choses se passent à la fois sans qu’aucune ne soit décisive. Le camion est venu à la fin de cette journée. Ensuite, un dîner, puis une boîte de nuit où Belvedere était partenaire de la soirée, avec le DJ résident du Pacha d’Ibiza. Je n’insiste pas : ce n’est pas ce qui reste.
La grille, avant le bruit
Le dimanche, on entre sur la grille de départ avant la course, quand les écuries s’affairent autour des voitures jusqu’à la dernière minute. Cela s’appelle un safari photo : on s’approche des monoplaces plus près que la télévision ne le permettra jamais. Le bruit arrive en premier, celui de voitures que l’on prépare à partir. Autour, des gens qui se pressent, un mouvement qui ne s’arrête pas. De la tribune, on ne perçoit rien de cette attente.
Quinze heures, depuis la loge
De la loge de TAG Heuer, on voyait la fin de la ligne droite de départ et un virage compliqué, par lequel toutes les voitures devaient passer. La Maison est chronométreur officiel de la Formule 1, et elle rattache son nom à l’Espagne par Jo Siffert en 1969 et par la victoire d’Ayrton Senna en 1989. Madrid n’avait rien de tel : aucun précédent, une course à écrire de zéro.
Le départ a donné le ton. Kimi Antonelli a coupé la chicane, Oscar Piastri et George Russell se sont touchés à deux reprises, Lewis Hamilton, dépassé par Max Verstappen, a effleuré le mur de l’arrière gauche. Lando Norris menait. Au treizième tour, Lance Stroll a heurté les barrières au virage 20, freins en cause, et la voiture de sécurité virtuelle a redistribué la course. Hamilton a fini par s’arrêter à son tour, freins encore, puis Sergio Pérez. Charles Leclerc, qui n’était pas rentré sous la neutralisation, a pris la tête. Antonelli a gagné, sa huitième victoire de la saison.
De la loge, je retiens moins l’ordre d’arrivée que la certitude que tout pouvait arriver au tour suivant. Sur un tracé neuf, personne ne connaît encore les pièges, et cela se voit dans la façon dont les voitures abordent les virages.
Après l’arrivée, on nous a montré la salle où les trois premiers reprennent leur souffle avant de monter sur le podium. Moët & Chandon est partout, sur le podium comme dans la pièce qui le précède. Le groupe avait repensé l’accueil autour de cette course, et je l’avais suivi de la grille jusque-là.
Madring a maintenant une première course derrière lui. La seconde dira ce que la première a laissé passer.












































