La Maison BDK Parfums lance sa quatrième collection en articulant trois absolus autour d’une même matière olfactive de fond : le bois. Non comme note de confort, mais comme ossature — ce que Jordi Fernández appelle, avec une précision qui mérite qu’on s’y arrête, « la texture et la structure en parfumerie, tout comme les tissus le sont pour la mode. »
Il y a dix ans, David Benedek fondait à Paris un atelier de parfumerie dont la singularité tenait moins à son positionnement niche qu’à sa méthode. Ses études à l’Institut Français de la Mode l’avaient formé à lire les matières — la soie olfactive, les notes veloutées, les touches poudrées — avant de les sentir. La Collection Studio, lancée le 18 mai 2026, pousse cette logique jusqu’à son terme : chaque absolu naît d’un tissu. Stellar Silk de la soie, Oud Paradisio du cuir brodé de pierres violettes, Silver Ceremony des sequins.
Fernández, parfumeur maison depuis Impadia, travaille chez Givaudan avec une palette de matières premières sélectionnées sous certification Orpur™ — les « grands crus » de la maison de composition, choisis individuellement pour leur traçabilité et leur profil olfactif de pointe. Pour Stellar Silk, il a retenu deux absolus de fève tonka du Venezuela distincts : l’un à facettes de tabac chaud et de praline, l’autre grillé, aux nuances de cacao sec et de foin. La fève tonka, récoltée en Amazonie uniquement à chute naturelle — gage, précise la fiche technique, d’un arôme à son apogée — fonctionne ici non comme accord gourmand générique, mais comme note de texture, en dialogue avec le beurre d’iris pallida des Landes, obtenu par hydrodistillation moléculaire de son rhizome.
Encadré — Détail extraction : L’extrait CO₂ de vanille de Madagascar de la collection est obtenu par CO₂ supercritique plutôt que par solvant, procédé qui préserve un arôme plus amandé en minimisant les inflexions de tabac et de rhum caractéristiques de l’absolu classique. Cette précision d’extraction change l’équilibre perçu de la note de fond.
Le choix du bois comme architecture commune aux trois créations relève d’une décision esthétique défendue par Fernández en termes de logique tactile : santal album d’Australie pour la soie — « onctuosité onctueuse et fluide » —, oud de Thaïlande pour le cuir — « caractère animal » répondant à la « richesse et résilience » du cuir —, cèdre de l’Atlas du Maroc pour le métal. « J’ai choisi les bois car ils incarnent la texture et la structure en parfumerie », dit-il. La déclaration a une portée technique : le bois est la classe aromatique qui confère la tenue du sillage, l’ancrage dermique, la dimension temporelle d’une fragrance. En lui assignant un rôle structurel analogue à celui du tissu, Fernández reformule le vocabulaire de la composition.
Dans Silver Ceremony, l’effet « métal » n’est pas obtenu par des notes métalliques classiques mais par la combinaison du cèdre du Maroc, du ciste labdanum d’Espagne (distillé à froid pour allier fraîcheur balsamique et chaleur ambrée) et d’une molécule exclusive Givaudan — l’Azurone™, note marine ozonique à touche aldéhydée — qui, avec l’éclat des agrumes italiens (bergamote de Calabre récoltée en maturité précoce, citron extrait à froid avant distillation moléculaire, mandarine verte), reconstitue par synthèse olfactive la sensation de lumière frappant le métal. C’est un calcul, pas une métaphore.
Les flacons — 50 ml et 100 ml — reçoivent un fourreau noir avec marquage à chaud vif argent et laquage intérieur et extérieur. La couleur de chaque fourreau (brun fumé, violet, bleu) est choisie en écho à la synesthésie, pas à la tendance.
La question que pose la Collection Studio n’est pas celle de la mode comme territoire de communication pour la parfumerie — l’exercice est connu. Elle est ailleurs : peut-on traiter le bois en parfumerie comme on traite le tissu en couture — comme une infrastructure, pas comme un décor ? Ce que Fernández a réalisé ici ressemble moins à une collection thématique qu’à une démonstration de méthode.



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