En 1979, la première Piaget Polo portait déjà un cadran en pierre ornementale — onyx ou lapis-lazuli selon les versions. Ce choix n’était pas décoratif au sens anodin du terme : il signalait une philosophie de Maison qui plaçait la joaillerie au même niveau que la mécanique, dans un même boîtier. Quarante-sept ans plus tard, Piaget réintroduit ce geste sur la gamme contemporaine avec la sodalite.
La Polo 79 2026 présente un boîtier en or blanc 18K de 38mm pour 7,45mm d’épaisseur. À ce format, loger un mouvement manufacture automatique — le calibre 1200P1, développé en interne — tout en ménageant un cadran en pierre implique des tolérances serrées sur la hauteur du mouvement et sur le montage du disque minéral. La sodalite, silicate d’aluminium et de sodium de teinte bleue profonde, se distingue du lapis-lazuli par une structure plus homogène et une dureté légèrement supérieure (5,5 à 6 sur l’échelle de Mohs), ce qui réduit les risques d’éclat lors de la découpe en disque mince. Le contraste visuel avec les godrons en or blanc poli — cannelures horizontales héritées du dessin d’origine — produit un effet de profondeur sans recours à la laque ni à l’émail.
Détail — Le godron Piaget Présent sur la Polo depuis sa création, le godron désigne une cannelure convexe répétée, ici fraisée directement dans l’or du boîtier, du bracelet et du cadran selon un même rythme horizontal. Sa finition alterne satin et poli brillant sur une même surface, ce qui exige deux passages distincts : meulage mat d’abord, polissage au rouge de Berne sur les arêtes ensuite. Ce travail de finition de surface, indissociable de l’identité formelle de la collection, ne peut s’exécuter qu’après l’assemblage du boîtier — toute retouche ultérieure risquerait d’affecter l’alignement des stries.
La proposition 2026 élargit ce registre à la gamme Polo Signature — boîtiers 36 et 42mm, acier ou or rose, cadrans bleus godronné, bracelets interchangeables sans outil. Sur la version 42mm acier (calibre 1110P, 10 ATM), le godron migre du boîtier historique vers le cadran courant ; sur les 36mm, il coexiste avec des sertissages de 36 diamants taille brillant en index, configuration qui impose un nivellement précis entre la surface du minéral et la base des griffes.
Yves G. Piaget résumait la Polo d’une formule restée dans les archives de la Maison : « C’est un bracelet-montre et non une montre-bracelet. » La Polo 79 en sodalite pousse cette logique jusqu’à son terme — le cadran en pierre fait du disque lui-même un objet à porter, pas seulement un fond de lecture.
La question que pose cette édition n’est pas stylistique. Elle est technique : jusqu’où peut-on comprimer la mécanique pour laisser la matière exister ?























































