Chez la Maison Roger Dubuis, le temps n’a jamais vraiment cherché la discrétion. Depuis 1995, la Manufacture genevoise travaille une forme d’horlogerie expressive, parfois théâtrale, où la complication devient architecture visible autant qu’exercice de chronométrie. Avec l’Excalibur Calendrier Perpétuel Quatuor, présentée dans le cadre de Watches and Wonders Geneva 2026, cette inclination prend une forme particulièrement lisible : réunir, pour la première fois dans une même Pièce, le système Quatuor et un calendrier perpétuel.
Le sujet n’est pas seulement l’addition de deux complications. Il est dans leur opposition de tempérament. Le Quatuor, introduit par Roger Dubuis en 2013, répond à un problème physique immédiat : l’effet de la gravité sur la régularité du balancier selon la position du poignet. Là où le tourbillon classique cherche à moyenner cet effet par la rotation, Roger Dubuis avait choisi une autre voie : quatre balanciers inclinés, disposés par paires à 90°, reliés par cinq différentiels. Le principe, déjà documenté lors du lancement de l’Excalibur Quatuor, consistait à distribuer les effets de gravité entre plusieurs organes réglants plutôt qu’à les faire tourner autour d’un seul axe.
Face à cette mécanique de l’instant se trouve le calendrier perpétuel, complication de patience. Elle ne corrige pas la seconde, mais la durée : jours, date, mois, années bissextiles. Dans le calibre RD116, cette lecture se déploie en quadrant symétrique autour des indications calendaires et de la réserve de marche. Le dossier précise que le mouvement compte 758 composants et mobilise quatorze techniques de décoration manuelle, parmi lesquelles anglage, perlage, cerclage, poli plat, poli bout, étirage interne et externe. La virtuosité n’est donc pas uniquement cinématique ; elle se lit aussi dans le traitement des surfaces, cette partie souvent invisible de la haute horlogerie, mais déterminante pour le Poinçon de Genève.
Le choix du chrome cobalt donne à cette Excalibur une autre épaisseur. Roger Dubuis utilise cet alliage comme matériau signature depuis 2017, notamment sur certains éléments liés aux cages de tourbillon. Ici, le boîtier de 48 mm est entièrement façonné dans le Cobalt Chrome Cartech® Micro-Melt® Biodur® CCM®, alliage issu d’univers où la résistance, la stabilité et les propriétés antimagnétiques comptent davantage que la préciosité traditionnelle : automobile, aéronautique, aérospatial. Le bleu du rehaut et des compteurs rappelle la couleur du cobalt à l’état naturel ; le bracelet en cuir de veau bleu, équipé d’un système Quick Release, prolonge cette lecture matérielle.
Le détail le plus intéressant reste peut-être la réserve de marche. Placée à 9 heures, elle repose sur un affichage à une seule aiguille et un double mouvement à 180°. L’indicateur et l’aiguille n’évoluent pas au même rythme, ce qui transforme une information fonctionnelle — l’énergie disponible — en scène mécanique. La Pièce est d’ailleurs livrée avec un dispositif de remontage programmé pour le calibre RD116, manière pragmatique de rappeler qu’un calendrier perpétuel n’aime ni l’arrêt ni l’oubli.
Limitée à huit exemplaires, l’Excalibur Calendrier Perpétuel Quatuor s’inscrit dans une séquence plus large consacrée aux mouvements célestes chez Roger Dubuis à Watches and Wonders 2026. L’horlogerie y retrouve l’une de ses obsessions anciennes : traduire dans un volume de poignet ce que le ciel impose à l’œil humain depuis toujours, l’alternance des jours, les cycles, l’inclinaison, les écarts, les corrections. Le geste de Roger Dubuis consiste ici à refuser la sobriété du calendrier perpétuel classique pour le placer dans une architecture ouverte, dense, presque orbitale. Une montre moins faite pour cacher la complexité que pour la rendre habitable.





Cette publication est également disponible en :
