Il y a dans la valise trunk une mémoire très ancienne du voyage : celle de la malle verticale, posée dans une cabine, une chambre d’hôtel ou le coffre d’une voiture, pensée moins comme un contenant que comme une architecture mobile. Avec Trunk, dévoilée en mai 2026, Maison Lipault revient à cette idée simple : le bagage ne sert pas seulement à transporter, il organise la distance. Le communiqué annonce une contenance de 108 litres, un format destiné aux voyages au long cours, et une structure souple inspirée des malles traditionnelles.
Le point intéressant n’est pas tant le volume que la manière dont il est rendu praticable. Trunk appartient à la famille Lost in Berlin, dont Lipault décrit la matière comme un polyuréthane mat au toucher gomme, inspiré d’une esthétique urbaine et industrielle. La fiche officielle du modèle confirme un format de 79 cm, 108 litres, 5,1 kg, avec une garantie mondiale limitée de deux ans. Ce n’est pas une malle rigide au sens patrimonial du terme. C’est plutôt une traduction contemporaine de la malle : moins statutaire, plus mobile, plus adaptée aux usages réels d’un voyageur qui alterne train, voiture, avion, hôtel, maison louée et week-end prolongé.
L’extérieur se concentre sur une grammaire fonctionnelle : fermeture à glissière avec enduction mate pour renforcer l’étanchéité du zip, trois poignées disposées pour soulever, guider ou repositionner la pièce, roues à suspension déjà présentes sur les valises quatre roues de la ligne Lost in Berlin. Le communiqué insiste sur l’amortissement des chocs, le roulement plus silencieux et la durabilité de ce système. Ce sont des détails modestes en apparence, mais ils disent beaucoup de l’évolution de la bagagerie : après avoir célébré la légèreté comme une fin en soi, le secteur revient à une question plus utile, celle du confort dans la répétition du geste. Tirer, hisser, faire pivoter, poser, ouvrir. Le luxe du bagage commence souvent là, dans la réduction d’un frottement.
L’intérieur pousse plus loin cette logique. Trunk s’ouvre comme un dressing vertical, avec un grand compartiment principal, des sangles de maintien réglables, des étagères rétractables, un panneau de compression amovible doté de poches filet zippées et deux poches zippées complémentaires, dont une facilement accessible. Cette organisation répond à un usage très contemporain du voyage : on ne défait plus toujours sa valise ; on l’habite. Dans les séjours fragmentés, les road trips, les itinéraires multi-étapes, le bagage devient parfois le seul meuble stable du parcours.
Lipault, fondée en 2005 et intégrée au portefeuille Samsonite en 2014, occupe depuis ses débuts un territoire particulier : celui d’une bagagerie française moins cérémonielle que expressive, identifiable par la couleur, la souplesse et une approche décomplexée du déplacement. Le groupe Samsonite présente Lipault comme une Maison française de bagagerie fonctionnelle et mode, tandis que le communiqué rappelle sa présence dans plus de quarante pays et plus de 500 points de vente.
Trunk ne cherche donc pas à rejouer la grande mythologie de la malle aristocratique. Elle travaille un autre imaginaire : celui d’un voyage long mais pragmatique, d’une élégance moins posée que manipulée, d’un dressing qui accepte les secousses. La pièce existe en brun et en tonalités plus sourdes, à rebours du simple accessoire coloré. Elle suggère une maturité utile : partir longtemps, sans transformer le départ en performance.

























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