Home Food and WineJadis & Gourmande, Pâques 2026 : le Bauhaus mis en chocolat

Jadis & Gourmande, Pâques 2026 : le Bauhaus mis en chocolat

by pascal iakovou
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Un œuf posé sur une base géométrique. Derrière lui, un triangle, un cube, un demi-cercle. La composition pourrait appartenir à une étude de . Elle est pourtant comestible.

Avec sa collection de Pâques 2026, la Maison Jadis & Gourmande ne propose pas une simple variation saisonnière. Elle opère un déplacement plus subtil : celui d’un langage graphique vers un geste chocolatier. Une translation du design vers la matière.

Fondée en 1976, la Maison parisienne célèbre ici cinquante années d’activité. L’anniversaire ne donne pas lieu à une rétrospective, mais à une relecture. Le choix du Bauhaus, école fondée en 1919 et pensée autour de l’union entre forme, fonction et artisanat, agit comme un prisme. Non pas un thème décoratif, mais un système de construction.

Les pièces sont structurées à partir de formes élémentaires : sphères, cubes, triangles, demi-cercles. L’œuf — motif central de Pâques — devient un volume parmi d’autres, intégré dans une composition plus large. L’objet n’est plus isolé, il est mis en relation. Cette logique évoque directement les principes pédagogiques du Bauhaus, où chaque forme est pensée dans un ensemble cohérent.

Le travail du chocolat suit cette rigueur. Trois types de matières sont utilisés : un chocolat noir à 72 % de cacao, un chocolat au lait à 33 %, et un chocolat blanc issu de Papouasie–Nouvelle-Guinée. Chacun possède une fonction dans la composition, autant gustative que visuelle.

La couleur, elle, n’est pas appliquée comme un vernis. Elle est intégrée au processus. Les teintes — rouge, jaune, bleu — sont obtenues à partir de colorants alimentaires naturels : spiruline, concentré de cassis, pomme. Ce choix technique inscrit la pièce dans une continuité entre esthétique et ingestion. Ce que l’œil perçoit est cohérent avec ce que le corps reçoit.

Cette attention à la matière traduit une évolution plus large du chocolat contemporain. Longtemps dominé par la virtuosité décorative ou la démonstration technique, il tend aujourd’hui vers des formes plus conceptuelles, où l’objet devient support de narration. Ici, la référence artistique n’est pas illustrative. Elle structure la pièce.

Le nouveau logotype de la Maison, lui aussi construit à partir de formes géométriques, prolonge cette logique. Il ne s’agit pas d’un simple changement d’identité visuelle, mais d’un alignement entre discours graphique et production artisanale. La typographie reprend les codes du Bauhaus : lignes droites, angles nets, construction modulaire.

La collection se décline en plusieurs formats, de soixante à quatre cent soixante-dix grammes. Cette variation d’échelle permet de conserver la logique de composition tout en adaptant l’objet à différents usages : pièce individuelle, partage, ou objet central. L’ensemble reste cohérent. Aucun format ne semble dérivé, tous participent du même système.

Ce qui se joue ici dépasse le cadre de Pâques. Jadis & Gourmande affirme une position : celle d’un chocolat comme médium. Non plus seulement vecteur de goût, mais support d’une réflexion sur la forme, la couleur, la structure.

Le Bauhaus cherchait à abolir la frontière entre art et artisanat. Un siècle plus tard, cette collection en propose une traduction comestible. L’objet disparaît en bouche, mais la structure, elle, reste en mémoire.

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