Le fait décisif n’est pas qu’un cabaret parisien ouvre à Dubaï. C’est qu’il y installe, pour la première fois hors de Paris, un spectacle permanent. À partir de novembre 2026, le Crazy Horse transforme donc une signature née avenue George V en dispositif culturel exportable, avec ses propres codes, ses propres contraintes et une nouvelle économie du spectacle.
Le projet prendra place au Zabeel Theatre, au sein du Jumeirah Zabeel Saray sur Palm Jumeirah. Le lieu, entièrement rénové, sera réduit à deux cents places et équipé d’une reproduction de la scène du Crazy Horse, complétée par quatre scènes distribuées dans la salle. Cette organisation n’est pas anecdotique : elle réduit la distance entre performeuses et spectateurs et fait du dispositif scénique lui-même une partie de l’expérience.
La direction artistique est confiée à Andrée Deissenberg, Directrice Générale Création et Marques du Crazy Horse Paris. Dix-huit danseuses ont été sélectionnées pour constituer la troupe ; douze se produiront chaque soir. Toutes ont suivi plusieurs mois de formation à Paris afin d’acquérir le vocabulaire chorégraphique propre au cabaret. Des tableaux du répertoire, dont plusieurs signés Philippe Decouflé, seront repris aux côtés de nouvelles créations.
C’est ici que le projet devient plus intéressant qu’une simple implantation internationale. Le Crazy Horse n’exporte pas seulement un nom ou un décor : il tente de transférer une méthode. Le spectacle reste construit autour de la lumière, du costume et de la précision chorégraphique, mais il est adapté à un territoire qui fonctionne selon d’autres rythmes de consommation culturelle.
Plus de cinq cents éléments de costumes ont ainsi été créés spécifiquement pour The Dubai Edition. Dessinés par Antoine Kruk, ils ont été réalisés sur mesure à Paris par l’atelier couture du Crazy Horse. Cette continuité de fabrication crée un lien matériel avec la Maison mère : le projet peut se déplacer géographiquement, mais il conserve une partie de sa production et de son langage à Paris.
Le changement le plus net concerne pourtant la temporalité de la soirée. Deux formats seront proposés : un spectacle seul d’environ quatre-vingts minutes, proche du modèle parisien, et un dîner-spectacle de près de trois heures, suivi d’une programmation DJ. Le chef Dejan Cirovic assurera la partie culinaire, tandis qu’un bar à la française, des loges privatives et un « Legacy Hall » consacré aux archives et collaborations du Crazy Horse prolongeront la mise en scène hors de la salle.
Ce glissement est révélateur. À Paris, le Crazy Horse reste d’abord un lieu de spectacle. À Dubaï, il devient une destination hybride qui associe scène, dîner, nightlife et patrimoine de marque. Le modèle culturel se rapproche alors du modèle d’hospitality : on ne vient plus uniquement voir une représentation, mais habiter pendant plusieurs heures un univers cohérent.
Pour Philippe Lhomme, Président du groupe Crazy Horse Paris, cette ouverture constitue une nouvelle étape du développement international. La formule reste prudente, mais l’enjeu est clair : faire d’un capital culturel parisien une présence permanente dans l’un des marchés les plus compétitifs du divertissement premium.
La réussite du projet se mesurera moins à sa capacité à reproduire Paris qu’à son aptitude à conserver une exigence de geste tout en acceptant les usages de Dubaï. C’est précisément là que le soft power devient intéressant : non dans la copie, mais dans la manière dont une institution parvient à rester identifiable lorsqu’elle change d’échelle, de public et de territoire.


























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