Gensac-la-Pallue ne produit pas de vodka. Du moins, pas jusqu’en 2025. Ce village de Charente, dont le sous-sol calcaire a façonné les eaux-de-vie de cognac pendant trois siècles, accueille désormais la distillerie de Veenus — une maison née à Paris, ancrée dans un terroir qu’elle n’a pas choisi par hasard.
Le choix de Gensac-la-Pallue mérite qu’on s’y arrête. L’infrastructure de distillation charentaise est parmi les plus sophistiquées d’Europe : alambics à repasse, maîtrise des températures de coupe, culture du vieillissement lent transmise depuis les grandes Maisons de négoce. Veenus ne fabrique pas de cognac — elle utilise le savoir-faire de ceux qui le font. La vodka au blé d’hiver sort ici d’une tradition qui n’est pas la sienne, ce qui est précisément ce qui lui donne une identité.
Le processus décrit par la maison repose sur des distillations multiples et une filtration lente. La céréale choisie — le blé d’hiver, semé à l’automne, récolté en juillet — présente une densité en amidon supérieure au blé de printemps, ce qui influe sur le profil aromatique en cours de fermentation. Le résultat revendiqué : des notes de pain grillé et de caramel toffee, caractéristiques d’une distillation qui préserve les congénères plutôt que de les éliminer systématiquement. Une vodka qui assume une signature organoleptique là où beaucoup de ses concurrentes cultivent la neutralité.
Détail technique
La filtration lente est le pendant artisanal du charbon actif industriel. Là où une filtration à haute pression efface les traces de distillation, une filtration lente et à froid sélectionne sans effacer. Le distillateur choisit ce qu’il garde.
Le flacon illustre la même logique de rupture. Verre lourd, rouge profond : à rebours de la transparence dominante dans le segment vodka haut de gamme, où le flacon clair est censé signifier la pureté du liquide. Veenus opte pour l’opacité — formellement, c’est une déclaration.
La distribution, elle, joue une carte connue : hôtels quatre et cinq étoiles, bars de prestige. Sélectivité revendiquée, rareté construite. Ce n’est pas une stratégie nouvelle dans le luxe spiritueux — c’est même devenu un standard depuis Belvedere et Cîroc. Ce qui distingue Veenus n’est donc pas là. C’est dans la géographie de production que la maison tient son argument le plus solide : fabriquer une vodka dans la capitale mondiale du cognac, c’est une posture. Reste à savoir si le liquide lui-même la tient.
Douglas Warnod a lancé Veenus en 2025, dans une catégorie où les nouveaux entrants français sont rares. Le marché de la vodka premium est dominé par des labels nordiques et américains. Qu’une maison indépendante française choisisse ce terrain — et ce terroir — dit quelque chose sur la direction que prend le luxe spiritueux hexagonal.




