Derrière la façade minérale de la place Vendôme, un espace échappe à la logique urbaine. Le Grand Jardin du Ritz Paris — mille six cents mètres carrés, dissimulés, structurés comme un microclimat — devient, à partir du 24 avril 2026, le support d’un dispositif saisonnier : le Ritz Bar d’Été.
L’enjeu n’est pas d’installer un bar en extérieur. Il est de déplacer la mixologie dans un environnement qui en dicte les règles.
Le jardin comme référentiel
Le Grand Jardin n’est pas un décor. Il agit comme une matrice. Ses essences — lavande, fleurs blanches, agrumes — ne sont pas simplement évoquées, elles sont traduites. Chaque cocktail devient une extension du lieu, ou plutôt une variation.
La carte conçue par Romain de Courcy repose sur une structure claire : associer un territoire à une signature olfactive. Non pas reproduire un paysage, mais en extraire un principe aromatique.
Ainsi, “Un Jardin en Provence” articule fraise, lavande et romarin autour d’un rosé pétillant. “Un Jardin à Casablanca” mobilise néroli, cèdre de l’Atlas et amande, avec une base de champagne. “Un Jardin Anglais” convoque fleur de sureau, menthe et concombre, prolongés par un cidre de poire.
Chaque composition repose sur un équilibre identifiable : une note florale, une structure fruitée, un support effervescent.
Ce triptyque devient méthode.
L’extraction comme geste
Le point le plus précis du dispositif réside dans le sourcing. Les arômes utilisés ne sont pas des interprétations industrielles, mais des extraits naturels développés avec des artisans de Grasse. Ce détail déplace la mixologie vers un territoire proche de la parfumerie.
On ne mélange plus seulement des liquides. On travaille des matières premières.
La présence de versions sans alcool pour certaines créations confirme cette orientation. Privé d’éthanol, le cocktail doit reposer entièrement sur sa construction aromatique. La structure devient alors plus lisible — et plus exigeante.
Une carte à double lecture
En parallèle, le Ritz Bar maintient une sélection de classiques — Negroni, Americano, Dry Martini — qui agissent comme points de référence. Non pour rassurer, mais pour situer les créations dans une histoire plus large de la mixologie.
Le geste contemporain se mesure toujours à une base.
À cette structure liquide s’ajoute une proposition alimentaire resserrée. Le barbecue binchotan, activé les vendredis et samedis, introduit une cuisson au charbon japonais, caractérisée par une chaleur stable et une faible émission de fumée. Brochettes de gambas, homard, poulet mariné ou alternatives végétales : la grille devient prolongement du bar.
Le feu, ici, répond au végétal.
Temporalité et usage
Ouvert de quinze heures à vingt-deux heures, le Ritz Bar d’Été se positionne dans un entre-deux temporel. Ni déjeuner, ni dîner. Un moment suspendu, où le cocktail devient prétexte à occupation de l’espace.
Ce choix n’est pas anodin. Il correspond à une évolution des usages parisiens : fragmenter la journée, multiplier les séquences, privilégier des formats courts mais qualitatifs.
Le lieu, par sa configuration fermée, renforce cette sensation d’écart. On n’y entre pas par hasard. On s’y installe.
Le Ritz Bar d’Été ne propose pas une carte supplémentaire. Il met en place un système : un lieu, des matières premières, une écriture aromatique.
Dans ce cadre, le cocktail cesse d’être une boisson.
Il devient une traduction.










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