Il appartient à cette famille de douceurs qui n’ont pas besoin d’être expliquées. Un corps de guimauve, une coque de chocolat, une silhouette d’enfance. L’ourson en guimauve tient dans la main, mais convoque une mémoire plus vaste : celle des comptoirs de confiserie, des goûters simples, des plaisirs qui ne demandent aucune initiation. En installant au Printemps Haussmann un pop-up entièrement consacré à cet objet pâtissier, Christophe Michalak choisit moins de célébrer une recette que de donner un décor à une obsession.
Intitulé « Il était une fois l’Ourson », le pop-up Michalak Paris est installé au rez-de-chaussée du Printemps Femme, 58 boulevard Haussmann, jusqu’au 30 juin 2026, en exclusivité au Printemps. Le projet met en scène une collection de douze recettes d’oursons guimauve, disponibles en deux formats : Mini à 2,50 euros et Grand à 5,70 euros pour la version guimauve vanille enrobage chocolat lait ou chocolat noir. Les coffrets, pensés comme des livres, réunissent quatre, huit ou douze oursons, aux prix respectifs de douze, vingt et trente euros.
Le choix du Printemps n’est pas anodin. Depuis la rentrée, Michalak Paris y a déjà installé son premier coffee shop au rez-de-chaussée du Printemps Homme. Le grand magasin précise par ailleurs que le pop-up « Il était une fois l’Ourson » se tient au Printemps de la Femme du 19 mars au 30 juin 2026. Le boulevard Haussmann, territoire historique de la mise en scène commerciale parisienne, devient ici le théâtre d’une gourmandise miniature. Un ourson parmi les vitrines, comme une contradiction douce dans un environnement souvent gouverné par le désir d’image.
L’histoire commence au début des années 2000, lorsque Christophe Michalak, alors chef pâtissier du Plaza Athénée, s’empare d’une gourmandise populaire des années 1960 : l’ourson guimauve. La page officielle Michalak Paris rappelle cette genèse et décrit une recherche menée autour des textures, des enrobages et des associations de saveurs, jusqu’à faire de l’ourson un terrain d’expression plus qu’une simple recette. Cette précision est importante : le geste consiste à déplacer une confiserie populaire vers la pâtisserie contemporaine sans lui retirer son immédiateté.
Dans la version Michalak, l’ourson reste lisible. Il ne se transforme pas en exercice démonstratif. Il conserve ce que la forme impose : la douceur, la rondeur, l’absence d’intimidation. Mais autour de cette simplicité, le chef et ses équipes travaillent une grammaire plus technique : guimauve, texture, enrobage, équilibre, parfum, fonte. La collection présentée au Printemps décline ainsi l’ourson en recettes aux enrobages précis, entre praliné, chocolat noir, chocolat au lait et notes fruitées. Le communiqué insiste sur cette recherche de nuances, dans un équilibre entre lisibilité immédiate et finesse du chocolat.
Le décor du pop-up reprend cette logique narrative. Sur les visuels du dossier, le comptoir s’inscrit dans un espace clair, frontal, encadré par une scénographie où l’ourson devient motif central. Les coffrets adoptent une construction proche du livre : couverture colorée, fenêtre sur les pièces, élastique noir, objet à ouvrir comme une histoire courte. Le dispositif a quelque chose de volontairement régressif, mais sans relâchement. L’enfance est convoquée, puis éditée.
Cette tension fait tout l’intérêt du projet. La pâtisserie française aime parfois s’élever vers l’architecture, la prouesse, le bijou. Ici, elle accepte de repartir d’une forme modeste. Un ourson n’a pas la majesté d’un entremets de palace, ni la solennité d’une pièce montée. Il relève d’un vocabulaire affectif plus direct. Michalak l’aborde comme un souvenir collectif à affiner, non comme une icône à sanctuariser. Ce n’est pas un retour nostalgique pur ; c’est une opération de précision appliquée à une mémoire populaire.
Il y a aussi, dans ce pop-up, une lecture intéressante du luxe alimentaire contemporain. Le geste ne consiste plus seulement à proposer une rareté, mais à requalifier un plaisir familier par la matière, le soin et le cadre. Le grand magasin apporte le flux, la lumière, l’adresse ; Michalak Paris apporte l’écriture pâtissière ; l’ourson apporte l’attachement immédiat. Le résultat tient dans cette phrase implicite : un souvenir peut devenir un objet de saison, à condition de ne pas perdre sa tendresse en route.
À l’heure où les maisons de gastronomie multiplient les formats courts, les pop-ups et les collections capsules, « Il était une fois l’Ourson » choisit un territoire efficace parce qu’il n’a rien d’abstrait. On comprend l’objet avant même de le goûter. Mais l’enjeu se joue après : dans la mâche de la guimauve, la finesse de la coque, la justesse du sucre, la tenue du chocolat. L’enfance est une porte d’entrée ; la pâtisserie, elle, se juge toujours au détail.


















