Il faut imaginer un pull que l’on ne porte plus, mais dans lequel on entre. Non plus une surface posée sur la peau, mais un volume qui organise le déplacement. Avec Act of Embrace, présenté lors du Salone del Mobile à la Galleria Rossana Orlandi, la Maison Malo déplace son territoire : du vêtement vers l’espace.
Fondée à Florence en 1972, Malo construit depuis plus de cinquante ans une identité autour du tricot, et plus précisément du cachemire, travaillé comme une matière de précision. Ici, ce savoir-faire n’est pas illustré, il est agrandi. Les principes qui structurent un pull — jauge, tension du fil, construction tubulaire — deviennent lisibles à une échelle architecturale.
Cette translation est opérée avec Antoine Peters, dont la pratique explore depuis plusieurs années le vêtement comme volume. Ses « Space Garments » reposent sur une idée simple : étirer les éléments constitutifs de l’habillement — manches, torsions, tubes — jusqu’à ce qu’ils deviennent habitables.
L’installation se développe ainsi comme une succession de volumes continus, enveloppants, dans lesquels le visiteur circule. Rien n’est ajouté au vocabulaire initial du tricot. Les boucles, les tensions, les densités de maille restent visibles. Le matériau ne simule pas une architecture : il la produit.
Ce point est central. Là où certaines installations textiles cherchent l’effet, Act of Embrace s’appuie sur une rigueur de construction. Le fil n’est pas décoratif. Il est structurel. La maille devient un système porteur, capable de définir des espaces sans recourir à des éléments extérieurs.
Détail
Matériaux : vêtements Malo existants, matières récupérées
Principe : extension du tricot à l’échelle spatiale
Structure : volumes continus, tubulaires, tension visible
Grammaire : jauge, construction, répétition des modules
Le recours à des pièces existantes introduit une autre dimension. Plutôt que produire de nouvelles matières, Malo transforme des vêtements déjà réalisés. Le geste est double : économique et symbolique. Il prolonge la durée de vie des objets tout en les détachant de leur fonction initiale.
Ce déplacement rejoint une tendance plus large observée dans le luxe contemporain : la réinterprétation du stock, non comme surplus, mais comme ressource. Ici, cette logique n’est pas invisible — elle est exposée. Le vêtement, démonté puis recomposé, conserve la mémoire de son usage tout en acquérant une nouvelle fonction.
Le titre, Act of Embrace, ne relève pas d’une métaphore. Il décrit une condition. Le tricot, par nature, accompagne le corps : il s’adapte, protège, maintient une proximité constante. En élargissant cette propriété à l’échelle d’un espace, l’installation transforme une relation individuelle en expérience collective. L’étreinte devient environnement.
Le choix de la Galleria Rossana Orlandi n’est pas neutre. Ce lieu milanais, connu pour ses dialogues entre design et art, agit comme un terrain d’expérimentation où les disciplines se croisent sans hiérarchie. Le vêtement y perd son statut d’objet pour rejoindre celui de structure.
Reste une question, en suspens dans le parcours : que devient le luxe lorsqu’il cesse d’être porté ? Peut-être un espace. Ou, plus précisément, une manière d’habiter la matière.


















