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Riva 102’ Corsaro Super : Charles Leclerc et la privatisation du yachting de compétition

by pascal iakovou
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À La Spezia, le vingtième exemplaire du Riva 102’ Corsaro Super a quitté les quais le 7 mai dernier. Le propriétaire : Charles Leclerc. L’information pourrait n’être qu’un épisode supplémentaire dans la longue proximité entre la Formule 1 et le yachting italien. Elle raconte pourtant autre chose : la manière dont certaines Maisons nautiques transforment désormais leurs unités en extensions biographiques de leurs propriétaires.  

Chez Riva, l’objet n’est jamais seulement nautique. Depuis l’Aquarama, la Maison italienne travaille une idée précise du déplacement : la vitesse comme élégance plutôt que comme démonstration. Le 102’ Corsaro Super prolonge cette grammaire. Long de plus de trente mètres, ce flybridge conçu par Officina Italiana Design — le studio de Mauro Micheli et Sergio Beretta — reprend les lignes tendues du 100’ Corsaro tout en accentuant la continuité entre intérieur et extérieur grâce à de larges surfaces vitrées.  

Le détail intéressant n’est pourtant pas la silhouette. Il réside dans la personnalisation du bateau par Leclerc lui-même. Là où beaucoup d’unités de cette taille ressemblent à des suites hôtelières flottantes interchangeables, celle-ci revendique une cohérence domestique presque milanaise. Mobilier Minotti sur les ponts extérieurs, éléments Poliform dans les espaces intérieurs, textiles Jim Thompson, arts de la table Christofle, linge Frette.    

Le yachting contemporain emprunte depuis plusieurs années les codes de l’architecture résidentielle haut de gamme : matières mates, circulation fluide, disparition des ruptures visuelles. Le Corsaro Super pousse cette logique plus loin avec une recherche d’uniformité sensorielle. Même les poignées de porte ont été choisies personnellement par le pilote monégasque. Ce type de détail, presque invisible, dit beaucoup de l’évolution du secteur : le yacht n’est plus un trophée maritime mais une résidence secondaire mobile calibrée selon les habitudes esthétiques du propriétaire.

Le cœur technique reste néanmoins fidèle à l’ADN Riva. Deux moteurs MTU 16V 2000 M96L de 2 638 chevaux permettent une vitesse de pointe de 28 nœuds et une vitesse de croisière de 24 nœuds.   À cette échelle, la performance pure importe moins que sa domestication. Les systèmes de stabilisation — Hydrotab Interceptor, Sleipner Vector Fins et gyrostabilisateurs Seakeeper — traduisent précisément cette évolution : réduire le roulis pour rapprocher l’expérience nautique de celle d’une villa contemporaine.  

Le beach club de 35 mètres carrés mérite également l’attention.   Dans le yachting actuel, cette zone est devenue un marqueur culturel autant qu’un espace fonctionnel. Elle remplace progressivement les salons cérémoniels des yachts des années 2000. On y privilégie désormais l’accès direct à l’eau, les plateformes gonflables, les équipements de baignade, les usages plus informels. Une manière de faire glisser le luxe maritime du protocole vers l’expérience.

Leclerc n’en est pas à son premier Riva. Le pilote possédait déjà un Riva 82’ Diva.   Cette fidélité intéresse davantage que la célébrité elle-même. Dans l’univers du luxe contemporain, certaines Maisons cherchent encore des ambassadeurs. D’autres fabriquent des adeptes. La nuance est importante.

Riva appartient depuis 2000 au groupe Ferretti, mais conserve une singularité rare dans l’industrie nautique : une capacité à faire coexister patrimoine lacustre italien et ingénierie contemporaine. Fondée en 1842 sur les rives du lac d’Iseo, la Maison a traversé le bois verni, la fibre de verre puis le superyacht aluminium sans rompre son langage esthétique.   Dans un marché où les unités de grande taille tendent souvent vers la standardisation internationale, cette continuité culturelle reste probablement son principal capital.

Le paradoxe est là : plus les yachts deviennent technologiques, plus les propriétaires recherchent des signes de permanence. Un grain de marbre Calacatta Vagli Oro dans une salle de bain. Une couture textile choisie pour sa patine future. Une poignée de porte dessinée à la bonne densité tactile.  

La vitesse, finalement, n’est peut-être plus le sujet.

Le Riva 102’ Corsaro Super embarque un dispositif combiné de stabilisation comprenant trim tabs Hydrotab Interceptor, ailerons Sleipner Vector Fins et gyrostabilisateurs Seakeeper afin de réduire le roulis à l’ancre comme en navigation.  

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