À Milan, dans la boutique de Via Bagutta, le papier ne sert plus à protéger. Il devient structure. Avec The Paper Log: Shell and Core, la Maison Issey Miyake déplace un élément invisible de son processus — le rouleau de papier utilisé pour le plissage — vers le centre du projet.
Ce geste n’est pas anecdotique.
Il transforme un résidu industriel en matériau de recherche.
Du processus au matériau
Le Paper Log est un cylindre compact — quatre-vingts centimètres de hauteur, quarante de diamètre — composé de feuilles extrêmement fines issues du plissage textile. Initialement, ces feuilles servent à accompagner le vêtement dans la machine, avant d’être jetées ou recyclées.
Satoshi Kondo, du MIYAKE DESIGN STUDIO, opère un renversement : au lieu de considérer cet élément comme un déchet, il en observe la structure. Le cylindre évoque un tronc d’arbre, ses strates rappelant des cernes de croissance.
Le papier devient archive.
Chaque couche enregistre un passage, une pression, un geste.
Découper pour comprendre
La première intervention est simple : découper transversalement le cylindre pour en faire des assises. Ce geste révèle une propriété essentielle du matériau — sa densité.
Contrairement à une feuille isolée, le rouleau compressé possède une résistance structurelle. Il peut être scié, sculpté, évidé. Il devient manipulable comme un bois tendre.
Cette transformation ouvre un champ.
Le matériau cesse d’être bidimensionnel.
Shell et Core : deux méthodes
L’installation repose sur une tension entre deux approches.
La série Shell, développée avec Ensamble Studio, travaille la surface. Les feuilles sont extraites, modelées, parfois appliquées sur des formes existantes, puis fixées par des agents durcissants. Le résultat : des objets suspendus, où chaque pli est figé.
La forme est légère, mais stabilisée.
À l’inverse, Core explore la masse. Les cylindres sont transformés en mobilier — tabourets, bancs, tables — par des opérations de trempage (cire), d’enduction (colle) ou de compression (liage).
Ici, le papier devient volume.
Absorption et transformation
Le point technique central réside dans la capacité d’absorption du matériau. Le papier, dans cette densité, agit comme une éponge structurelle.
Il peut recevoir cire, résine, colle — chaque substance modifiant sa rigidité, son poids, sa texture.
Le matériau n’est pas stable.
Il est programmable.
Entre éphémère et permanence
L’installation joue sur une opposition : délicat vs robuste, temporaire vs durable. Le papier, par nature fragile, acquiert une résistance inattendue. Mais cette résistance reste conditionnelle.
Elle dépend du traitement.
Ce paradoxe structure l’ensemble du projet.
Le design comme extension du geste
Depuis son ouverture en 2017, la boutique milanaise d’Issey Miyake fonctionne comme un laboratoire. Chaque année, elle accueille un projet qui interroge la notion de design.
The Paper Log s’inscrit dans cette continuité, mais avec une spécificité : il part du processus interne de la Maison.
Le design ne vient pas s’ajouter.
Il émerge de la fabrication.



















The Paper Log: Shell and Core ne propose pas un nouvel objet. Il propose une méthode : observer, détourner, transformer.
Dans un contexte où le design cherche à réduire son impact, cette approche ouvre une piste. Le matériau existe déjà. Il suffit de le regarder autrement.
Le papier, ici, ne protège plus le vêtement.
Il devient architecture.















