Du 24 au 27 septembre 2026, Cinéma Paradiso investira pour la première fois la Salle Gustave Eiffel, au premier étage de la tour Eiffel. L’information la plus intéressante n’est pourtant pas l’arrivée d’un festival dans un lieu spectaculaire. Elle tient à la manière dont mk2 transforme, depuis 2013, des monuments patrimoniaux en espaces temporaires de cinéma — et à ce que cette stratégie dit du rôle culturel des grands sites parisiens.
Après le Grand Palais, le Louvre, La Seine Musicale, la Villa Carmignac et le circuit des 24 Heures du Mans, la tour Eiffel devient à son tour un écran autant qu’un symbole.
Cinéma Paradiso est né avec une intuition simple : sortir le cinéma de la salle obscure sans le réduire au plein air. Le choix des lieux compte autant que la programmation. Chaque édition associe projection, architecture et expérience collective, avec un déplacement du regard : on ne vient plus seulement voir un film, mais observer ce que le film fait au lieu qui l’accueille — et inversement.
La première édition à la tour Eiffel poursuit cette logique. Le festival se tiendra dans la Salle Gustave Eiffel, au premier étage du monument, du 24 au 27 septembre. L’accès sera gratuit, via une loterie dont l’ouverture doit être annoncée le 8 septembre en même temps que la programmation complète et les invités. Le 24 septembre, l’ouverture prendra la forme d’une soirée privée organisée avec Armani Beauty autour du lancement d’une fragrance masculine.
Ce partenariat commercial pourrait sembler contradictoire avec l’ambition d’un rendez-vous culturel gratuit. Il révèle plutôt une tension désormais familière dans les grands lieux patrimoniaux : financer et scénariser de nouvelles expériences sans faire basculer l’institution dans une simple logique d’activation. La tour Eiffel n’est pas un musée au sens classique, mais son pouvoir symbolique est supérieur à celui de nombreux espaces culturels. Toute intervention y devient immédiatement un geste d’image.

Elisha Karmitz, directeur général du groupe mk2, résume l’intention en parlant de lieux « qui appartiennent à l’imaginaire collectif ». L’expression est juste. Le Grand Palais, le Louvre ou la tour Eiffel ne sont pas des contenants neutres. Ce sont des images déjà saturées de récits. Y installer du cinéma revient moins à décorer une projection qu’à provoquer un dialogue entre deux mémoires populaires.
La tour Eiffel possède d’ailleurs une relation ancienne avec le septième art. Patrick Branco Ruivo, directeur général de la Société d’Exploitation de la tour Eiffel, rappelle que le monument a inspiré des générations de cinéastes. Ce nouveau festival déplace ce lien : la tour n’est plus seulement filmée, elle devient le lieu même de la projection.
La stratégie est cohérente avec l’évolution de mk2. Fondée en 1974, la maison de cinéma a développé un modèle intégré qui couvre production, distribution, ventes internationales, exploitation, médias, hôtellerie et expériences culturelles. Son catalogue dépasse mille films et ses cinémas accueillent plus de sept millions de spectateurs par an. Cinéma Paradiso, produit depuis 2013 par mk2 agency, constitue en quelque sorte la branche événementielle de cette culture du cinéma : une manière d’aller chercher le public hors des salles sans abandonner la logique de sélection.
Le choix de la tour Eiffel intervient aussi après la sixième édition de Cinéma Paradiso Louvre, organisée du 1er au 4 juillet 2026 dans la Cour Carrée. On voit ainsi se dessiner un réseau culturel éphémère entre plusieurs monuments majeurs, chaque lieu devenant un chapitre différent d’un même format. Cette circulation crée une forme de soft power urbain : Paris n’est plus seulement un décor de cinéma, mais une plateforme où le patrimoine se met au service de nouveaux usages culturels.
Reste à voir ce que la programmation fera réellement de ce cadre. Une sélection trop attendue réduirait l’opération à une belle image. Une programmation construite en dialogue avec l’histoire cinématographique de la tour, son architecture ou ses représentations à l’écran donnerait au projet une profondeur supplémentaire.
C’est là que se jouera la réussite culturelle de cette première édition : dans la capacité à faire oublier, pendant quelques heures, l’effet de prestige du lieu pour retrouver ce que le cinéma sait faire de mieux — fabriquer une expérience commune à partir d’un regard partagé.
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