La Géorgie, un automne à vivre autrement

by PASCAL IAKOVOU
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Quand les vignes de Kakhétie se parent de rouge et d’or et que Tbilissi se découvre sous une lumière plus douce, la Géorgie change de rythme. Loin de l’effervescence estivale, l’automne y devient une saison à part entière.

Le Rtveli, ou temps des vendanges, débute dès septembre en Kakhétie et se prolonge jusqu’en décembre dans certaines régions. Bien plus qu’un temps fort agricole, il s’agit d’une fête familiale et populaire où les visiteurs peuvent participer à la récolte, partager un repas traditionnel avec les habitants et découvrir le qvevri, cette grande jarre en terre cuite enterrée dans laquelle le vin géorgien est élaboré depuis des millénaires. À Tbilissi, les ruelles de la vieille ville, ses balcons en bois et ses jardins prennent une lumière nouvelle, tandis qu’en octobre, la fête Tbilisoba réunit producteurs, artisans, musique et danses venus de tout le pays.

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À environ 150 kilomètres à l’ouest de la capitale, Bordjomi s’impose comme l’une des grandes destinations de bien-être du pays. Réputée depuis le XIXe siècle pour ses sources d’eau minérale, la station thermale constitue également une porte d’entrée vers le parc national de Borjomi-Kharagauli, l’un des plus vastes espaces protégés de Géorgie. Son patrimoine raconte aussi l’histoire de la famille impériale russe des Romanov, qui appréciait particulièrement la région, ajoutant une strate historique à cette parenthèse thermale nichée au cœur du Petit Caucase.

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À une vingtaine de kilomètres de Tbilissi, la forêt de Sabaduri se couvre de rouge et d’or, offrant un contraste saisissant avec l’agitation de la capitale, avant que les parcs nationaux de Lagodekhi, Borjomi-Kharagauli ou Kintrishi ne prolongent l’expérience à pied, à cheval ou à vélo. L’automne géorgien est enfin une saison gourmande : raisins, noix, pommes, grenades et fromages garnissent les tables lors du supra, le grand repas traditionnel rythmé par les toasts du tamada, le maître de cérémonie, tandis qu’en Kakhétie, les vendanges sont l’occasion de goûter au churchkhela, cette spécialité à base de noix enrobées de jus de raisin épaissi.

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Ce que révèle cet automne géorgien, au fond, c’est la spécificité d’un pays qui a fait du vin non pas un simple produit d’exportation mais un marqueur identitaire, antérieur de plusieurs millénaires à la plupart des grandes traditions viticoles européennes. Le qvevri, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, n’est pas un argument touristique parmi d’autres : il condense une méthode de vinification continue depuis l’âge du bronze, que la Géorgie contemporaine choisit de mettre en avant plutôt que de la reléguer au rang de curiosité folklorique. Cette continuité entre passé archéologique et pratique vivante distingue nettement la destination des routes des vins plus récentes, construites sur un marketing d’appellation plutôt que sur une tradition ininterrompue.

Entre vignes, sources thermales et forêts flamboyantes, la Géorgie automnale ne cherche pas à concurrencer l’effervescence de l’été. Elle propose autre chose : le temps de marcher, de goûter et de rencontrer, dans un pays où l’hospitalité reste une tradition bien vivante.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

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