Le cristal comme seconde peau

by PASCAL IAKOVOU
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À Homo Faber 2026, Vhernier ne vient pas seulement montrer des animaux précieux. La Maison expose surtout une technique qui déplace le bijou vers la sculpture optique : la superposition du cristal de roche à la pierre colorée. Dans un secteur où l’illusion passe souvent par la taille ou le sertissage, ici, la couleur naît aussi d’un effet de matière.

Depuis 1984, Vhernier travaille une joaillerie faite de volumes nets, de courbes souples et de matériaux parfois inattendus. Ses broches animalières condensent cette grammaire. La grenouille semble prête à bondir, le pingouin oppose un dos noir à un ventre irisé, le crabe et la tortue reprennent les nuances mouvantes du monde marin. Mais la singularité la plus défendable tient moins au bestiaire qu’à la manière dont certaines de ces pièces construisent leur profondeur chromatique.

La technique baptisée Trasparenze repose sur un principe précis : un cristal de roche très pur, sans défaut visible, est poli en dôme puis posé au-dessus d’une pierre colorée. Jade, turquoise, lapis-lazuli ou nacre peuvent ainsi être recouverts par cette enveloppe transparente. Le cristal ne masque pas la pierre ; il la modifie. Il augmente la profondeur, déplace les reflets et donne au volume une présence presque humide, comme si la couleur venait de l’intérieur de l’Objet plutôt que de sa surface.

Cette logique est particulièrement lisible dans la série des *Bruco*, les chenilles de la Maison. Certaines associent l’or blanc et les diamants à la turquoise, au lapis-lazuli, au jade ou à la nacre, toujours sous cristal de roche. Le geste est intéressant parce qu’il ne cherche pas à reproduire littéralement un animal. Il recrée plutôt une sensation : le brillant d’une carapace, la densité d’une peau, la lumière prise dans une matière organique. Le bijou devient alors une étude de perception.

La présence de Vhernier à Homo Faber, du premier au trente septembre 2026 à la Fondazione Giorgio Cini de Venise, donne à cette technique un contexte particulièrement juste. La biennale, organisée par la Michelangelo Foundation for Creativity and Craftsmanship, rassemble des centaines d’artisans autour d’Objets où la main, la matière et l’invention technique restent visibles. Pour une Maison entrée dans le groupe Richemont en 2024, exposer Trasparenze revient aussi à rappeler que son identité ne repose pas uniquement sur une silhouette reconnaissable, mais sur une manière de faire difficile à réduire à l’image.

Dans la joaillerie contemporaine, l’avenir du savoir-faire ne se joue peut-être plus seulement dans la complexité spectaculaire. Il peut aussi tenir dans un détail presque invisible : quelques millimètres de cristal capables de changer entièrement la perception d’une pierre.

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