À Goodwood, sur la colline où l’automobile britannique célèbre chaque été son propre mythe, Maserati a choisi de montrer pour la première fois au public sa nouvelle gamme — et, plus discrètement, de laisser entrevoir un projet qui en dit long sur l’époque : un retour en compétition programmé pour 2028. Entre esthétique et endurance, la marque de Modène referme une boucle qu’elle avait, un temps, laissée ouverte.
Le Festival of Speed de Goodwood n’est pas un salon comme les autres. On n’y vend rien, on n’y négocie rien : on y montre, dans la pente d’une colline anglaise transformée en circuit éphémère, ce qu’une marque a de plus habité par l’histoire. C’est là, le 9 juillet dernier, que Maserati a choisi de dévoiler au public — pour la première fois — sa nouvelle gamme routière, aboutissement d’un langage stylistique amorcé sur un véhicule qui n’était pourtant pas destiné à la route. Tout commence en effet avec la MCXtrema, bolide de piste conçu comme un laboratoire, sur lequel le Centro Stile Maserati a expérimenté une face avant plus horizontale, plus acérée, plus affirmée. Un vocabulaire qui, saison après saison, a fini par irriguer toute la gamme : la GT2 Stradale d’abord, la MCPURA ensuite, puis les emblématiques GranTurismo et GranCabrio, jusqu’au SUV Grecale.
Ce ruissellement stylistique, de la piste vers la route, n’a rien d’anodin : il inverse la logique commerciale habituelle, où le luxe automobile invente d’abord des versions édulcorées pour la circulation avant, parfois, de leur offrir une variante course. Chez Maserati, c’est la voiture la plus radicale qui a dicté sa loi aux modèles du quotidien. Les nouvelles GranTurismo et GranCabrio en portent la marque, avec une carrosserie renouvelée et un habitacle affiné, mû par le V6 Nettuno de 3,0 litres — jusqu’à 590 chevaux, plus de 320 km/h en pointe sur la GranTurismo Trofeo, 650 Nm de couple, et une sonorité repensée grâce à l’échappement sport de série sur les versions Trofeo. Transmission intégrale et suspension pneumatique à hauteur variable généralisées à toute la gamme achèvent de démontrer ce que la marque appelle son ADN de Grand Tourisme : quatre places réelles, un usage quotidien assumé, sans renoncer à la radicalité mécanique héritée de la piste — jusqu’à la technologie de combustion à préchambre, importée de la Formule 1. La Grecale, de son côté, confirme sa position de SUV le plus polyvalent du Trident, portée par un V6 Turbo à la puissance spécifique remarquable dans sa catégorie.
Mais l’annonce la plus révélatrice de Goodwood ne concerne pas la route : c’est la première mondiale du Project GT4, développé à Modène, au cœur de la Motor Valley. Dérivé directement du moteur et de la carrosserie de la nouvelle GranTurismo — une proximité imposée par la réglementation GT4, qui a aussi l’avantage de maîtriser les coûts d’exploitation — cette nouvelle voiture de course capitalise sur l’expérience acquise avec la GT2. Son ambition, énoncée sans détour par la marque : revenir en compétition en 2028, avec un programme capable de viser les premières places. Animé par le même V6 Nettuno doté de la technologie de préchambre, allégé d’environ 400 kilogrammes par rapport au modèle routier, équipé d’un arceau de sécurité et de jantes homologuées GT4, le Project GT4 s’appuie sur l’expertise de Maserati Corse et du pilote d’essai en chef Andrea Bertolini. Il ne s’agit pas d’un simple exercice de communication : pour une marque centenaire qui a longtemps dû choisir entre son glamour routier et son passé de compétition, ce retour annoncé à l’horizon 2028 ressemble à une manière de réconcilier les deux versants de son identité.
Ce récit, Goodwood le rend visible jusque dans les détails. La livrée spéciale « 100 Trident », dévoilée à l’occasion du centenaire du célèbre logo, dessine sur la carrosserie un immense trident du toit à la poupe, entouré de cent petits tridents bleu ton sur ton — une manière de rappeler, chiffre après chiffre, que la marque a cent ans d’histoire à faire tenir dans une seule livrée. Autour d’elle, au Supercar Paddock, la MCPURA Cielo, la GT2 Stradale et la spectaculaire MCXtrema — produite à 62 exemplaires seulement et homologuée pour le seul usage circuit — complètent un tableau où chaque voiture raconte un chapitre. Reste à savoir si, d’ici 2028, la colline de Goodwood aura vu naître le début d’un nouveau chapitre de course pour le Trident, ou seulement la promesse d’un retour encore à écrire.

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