Sidaction 2026 : le Dîner de la Mode collecte 597 000 euros

by PASCAL IAKOVOU
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Le Lycée Carnot, dans le dix-septième arrondissement, n’a rien d’une salle de gala habituelle. C’est pourtant là que s’est tenue, pour la vingt-troisième fois, la soirée qui clôt traditionnellement la fashion week parisienne au profit de la lutte contre le VIH. Un lycée public comme décor, une cause vieille de plus de quatre décennies comme fil conducteur : le contraste dit déjà quelque chose de la manière dont la mode française a fini par institutionnaliser ce rendez-vous plutôt que de le réinventer chaque année.

Autour de Jean Paul Gaultier, ambassadeur de Sidaction, la soirée a rassemblé un plateau resserré du cinéma, de la mode et de la musique : Simon Porte Jacquemus, Alexandre Mattiussi, Panayotis Pascot, Farida Khelfa, Béatrice Dalle, Pierre de Maere, Duran Lantik, Arnaud Valois, Aloïse Sauvage, Lucky Love, Alizée, Camélia Jordana ou encore Bilal Hassani. La composition de la liste — créateurs, acteurs, chanteurs d’une génération plus jeune que celle qui a lancé l’événement en 2003 — signale un renouvellement générationnel de l’ambassade, sans rupture avec la figure fondatrice de Gaultier.

Le menu, lui, portait une signature précise : celui de Guillaume Sanchez, chef du restaurant NESO, une étoile au Guide Michelin. Confier la table à un chef étoilé plutôt qu’à un traiteur événementiel event reste une manière, pour Sidaction, de traiter le dîner comme un objet gastronomique à part entière et non comme un simple prétexte à collecte — une différence de traitement qui a un coût, mais aussi une valeur d’exemple pour les partenaires sollicités les années suivantes.

Le résultat chiffré de la soirée s’élève à 597 000 euros, destinés à la recherche, au dépistage et au financement d’associations d’aide aux personnes vivant avec le VIH, en France et à l’international. Le Pr Françoise Barré-Sinoussi, lauréate du prix Nobel de médecine 2008 et présidente de Sidaction, Jean Paul Gaultier et Florence Thune, directrice générale de l’association, ont chacun rappelé la nécessité de maintenir cet effort de financement dans la durée.

C’est là que le rapport d’échelle mérite d’être posé. Selon les derniers chiffres ONUSIDA, publiés en 2025, 40,9 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. Une personne sur quatre n’a toujours pas accès à un traitement — un enfant sur deux. Chaque semaine, 3 000 adolescentes et jeunes femmes âgées de quinze à vingt-quatre ans sont nouvellement infectées. Face à cette masse, une soirée parisienne, aussi élégante soit-elle, ne pèse rien en valeur absolue. Ce n’est pas ce qu’elle prétend faire. Sa fonction est ailleurs : maintenir, année après année, une visibilité et un flux de financement récurrent dans un secteur — la mode — qui a longtemps préféré l’image caritative ponctuelle à l’engagement structurel.

Ce qui frappe, en creux, c’est la régularité plus que le montant. Vingt-trois éditions successives, sans interruption depuis le début des années 2000, construisent une forme de fidélité institutionnelle rare dans un secteur habitué au cycle court des collections. La mode française n’a pas inventé de nouveau modèle de mobilisation contre le sida ; elle a simplement tenu le même rendez-vous assez longtemps pour qu’il devienne un point fixe du calendrier parisien, au même titre que les défilés qu’il referme.

La question que pose cette longévité n’est pas celle du montant collecté une année donnée, mais celle de sa trajectoire : la collecte de 2026 dépasse-t-elle celle des éditions précédentes, dans un contexte où les financements internationaux de la lutte contre le sida se sont, par ailleurs, fragilisés ? C’est cette continuité — ou sa rupture — qui dira si le rituel du dîner reste à la hauteur de l’épidémie qu’il entend combattre.


40,9 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde (ONUSIDA, 2025). Une sur quatre n’a pas accès aux traitements — un enfant sur deux. Chaque semaine, 3 000 adolescentes et jeunes femmes de quinze à vingt-quatre ans sont nouvellement infectées.

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