À l’Aéro-Club de France, sous les mêmes plafonds où l’aviation pionnière a écrit son histoire, Imane Ayissi a présenté une collection dont le titre signifie, en langue ewondo, « haute couture ». Derrière ce choix linguistique se cache un adieu : celui d’un fils à sa mère, ancienne hôtesse de l’air, disparue quelques semaines avant le défilé.
Baptisée Ozouandam Ollat, la collection Automne-Hiver 2026-2027 d’Imane Ayissi porte, dès son titre, la marque d’un geste rare dans le calendrier parisien : nommer sa collection non pas en français ou en anglais, mais dans la langue de son enfance, l’ewondo, parlée au Cameroun. Ce choix n’a rien d’anecdotique pour un créateur qui n’a cessé, depuis ses débuts, de revendiquer une place pour les savoir-faire africains au sein de l’institution la plus codifiée et la plus parisienne de la mode. Mais cette saison, l’hommage prend une dimension plus intime encore : la mère du créateur, Julienne Eyenga Ayissi, s’est éteinte quelques semaines seulement avant la présentation.
Ancienne hôtesse de l’air, elle semble avoir irrigué toute l’atmosphère du défilé sans jamais y être nommée explicitement. Les silhouettes empruntent à l’élégance d’une époque plus glamour du transport aérien : gants soigneusement ajustés, accessoires aux couleurs vives, tissus amples qui se déploient comme des drapés de mouvement plutôt que de simples robes du soir. Des capes s’ouvrent largement autour du corps, des robes de satin traînent derrière les mannequins, et des pièces frangées s’animent à chaque pas, comme si le défilé cherchait à recréer, sur un podium parisien, la grâce mesurée d’une hôtesse évoluant dans une cabine d’un autre temps.
Sur le plan des matières, la collection poursuit le travail d’assemblage qui caractérise depuis toujours la maison Imane Ayissi : coton japonais et soie italienne y côtoient le faso dan fani burkinabè, le kente ghanéen, l’adire nigérian, le kita ivoirien, le bogolan malien et le raphia camerounais. Cette accumulation de textiles venus de tout le continent africain, associée au tailoring le plus rigoureusement parisien, ne relève jamais du simple inventaire folklorique. Elle constitue au contraire l’un des rares exemples, dans le calendrier officiel de la Haute Couture, où l’artisanat africain n’est pas convoqué comme motif décoratif mais comme matière première à part entière, mise sur un pied d’égalité technique et symbolique avec la soie ou le coton les plus nobles d’Europe.
Ce geste de deuil transformé en manifeste textile interroge, plus largement, la géographie même de la Haute Couture. En choisissant d’honorer sa mère par une collection qui déplace le centre de gravité de l’artisanat vers un continent longtemps relégué au rang de simple source d’inspiration exotique, Imane Ayissi rappelle que Paris n’a jamais été le seul foyer du savoir-faire textile d’exception, mais plutôt un carrefour où ces savoir-faire, venus d’ailleurs, peuvent enfin être reconnus à leur juste valeur.
Il reste, dans cette collection, quelque chose qui échappe à toute analyse strictement esthétique : la manière dont un fils peut faire d’un podium un lieu de deuil sans jamais sombrer dans le pathos, en choisissant de faire vivre, une dernière fois, l’élégance discrète que sa mère incarnait au quotidien.








































