Gassier, Côtes de Provence Rosé 2025 : la nuit comme condition technique

by Pascal Iakovou
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La Provence fait des rosés depuis des siècles. Gassier en fait autrement — en décidant que le raisin ne doit jamais rencontrer le soleil entre la vigne et le pressoir.

Depuis quarante-trois ans, le domaine travaille les sols argilo-calcaires de la Sainte-Victoire, ce massif qui borde les Bouches-du-Rhône et que Cézanne a peint quatre-vingt-sept fois. Ce n’est pas une coïncidence décorative : l’argile rouge retient la chaleur, le calcaire drène, et le microclimat de ce versant impose ses propres règles thermiques à quiconque veut conserver l’acidité d’un fruit récolté en plein été méditerranéen.

La réponse de Gassier est nocturne. Les vendanges ont lieu de nuit — les baies arrivent au chai à une température qui ralentit les réactions d’oxydation avant même que le pressurage ne commence. Ce choix n’est pas romantique ; il est biochimique. La chaleur accélère le contact entre les enzymes de la peau et les composés phénoliques du jus, ce qui produit de la couleur, de l’amertume, et une instabilité aromatique. Vendanger la nuit, c’est acheter du temps.

Le pressurage qui suit est direct, lent, délicat — le terme « direct » signifiant ici l’absence de macération préalable. Les peaux ne restent pas en contact prolongé avec le jus : elles sont séparées au plus vite pour préserver la pâleur de la robe et la légèreté du fruit. L’assemblage — Syrah, Grenache, Cinsault, Vermentino — distribue les rôles : le Grenache apporte le corps, le Cinsault la fraîcheur florale, la Syrah structure, le Vermentino une minéralité végétale caractéristique des cépages méditerranéens d’origine italienne.

Le résultat dans le verre : une robe pêle aux reflets pêche, un nez qui articule fraise et cassis sur un fond de fruit à noyau. La bouche est ronde sans être grasse — une texture que les techniciens attribuent au pressurage progressif et au maintien du jus à basse température jusqu’à la fermentation. La finale évolue vers la fraise des bois et la cranberry, deux marqueurs d’acidité naturelle, signe que le fruit n’a pas subi de correction en cuverie.

Le domaine est certifié en agriculture biologique. Cela modifie la conduite des vendanges : sans possibilité d’interventions chimiques de correction, chaque décision de terrain — date de récolte, heure, seuil de maturité par parcelle — engage directement le vin final. C’est précisément pourquoi l’heure du ramassage n’est pas un détail d’atmosphère. C’est une exigence de méthode.


L’assemblage des quatre cépages

Le Vermentino — appelé Rolle en Provence — est un cépage tardif d’origine ligure ou corse selon les ampélographes, acclimaté progressivement au littoral méditerranéen. Dans un rosé, il contribue moins par sa couleur que par sa structure aromatique : notes d’amande verte, minéralité iodée légère, tenue à l’oxydation. Son rôle dans l’assemblage Gassier est de précision plus que de volume.


Un rosé provençal certifié bio, travaillé par parcelle sur des sols argilo-calcaires au pied de la Sainte-Victoire, n’a pas vocation à représenter la Provence en général. Il représente quarante-trois ans d’observation d’un seul massif. La question qui se pose pour les prochains millésimes : jusqu’où le réchauffement climatique modifiera-t-il l’heure des vendanges nocturnes — et si minuit suffira encore.

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