Il y a quelque chose de presque doctrinal dans l’intitulé choisi par Duran Lantink pour sa première collection Pre-Spring chez Jean Paul Gaultier. « Le Vestiaire 1 » — comme une entrée dans un registre, une numérotation qui postule déjà la suite. Pas un point d’interrogation mais un commencement. La mode, souvent, se croit obligée de se réinventer. Lantink, lui, annonce d’emblée qu’il s’agit ici de construire.
Le trompe-l’œil comme acte de mémoire
Le point de départ est précis : des photographies d’essayage analogiques, prises par Jean Paul Gaultier lui-même lors de la collection 1997. Des images intimes du processus créatif, transformées en imprimé trompe-l’œil. Il y a dans cette décision quelque chose qui dépasse l’hommage convenu : Lantink ne cite pas Gaultier, il le révèle dans sa coulisse — le créateur photographiant ses propres maquettes, geste d’artisan plus que de démiurge.
Cette œuvre fondatrice de 1997 résonne particulièrement : c’est l’année où Gaultier renforçait son image de couturier de rue, croisant la marinière avec le corset. Lantink le sait. Les références marines, militaires, et biker qui traversent la collection ne sont pas des citations nostalgiques mais des archétypes structurels — des codes assez puissants pour soutenir une transformation.
La garde-robe comme méthode
Ce qui distingue « Le Vestiaire 1 » d’une simple collection est son ambition fonctionnelle. Lantink conçoit des pièces pensées pour circuler entre saisons, occasions et façons de s’habiller. Le bomber padded devient robe. Le col montant évoque une protection. La ceinture à ancre ancre littéralement la silhouette dans le réel. C’est une mode qui n’aspire pas à être regardée mais à être vécue.
Le soutien-gorge conique, la cravate, les bijoux inspirés de pneus : ces marqueurs Gaultier reviennent non pas comme citations muséales mais comme fondations de garde-robe — ces pièces que l’on garde parce qu’elles fonctionnent, parce qu’elles disent quelque chose de soi sans le hurler. C’est une redéfinition de la notion de « classique Gaultier », qui intègre l’excentricité au quotidien plutôt que de la réserver à la provocation.
Duran Lantink arrive chez Gaultier avec une biographie singulière : on le connaît pour ses reconstructions, ses vêtements décousus puis reconfigurés, sa capacité à trouver dans le déchet matière à désir. Pour lui, « Le Vestiaire 1 » marque une inflexion — moins de déconstruction ostentatoire, plus de continuité assumée. C’est un designer qui choisit, pour la première fois, de travailler avec la durée plutôt que contre elle.
Dans ce choix, il y a peut-être la leçon la plus intéressante de cette collection : la maison Jean Paul Gaultier, après les années de reboot spectaculaires, cherche maintenant à bâtir une mémoire de garde-robe cohérente. Pas une anthologie — une maison vivante, dont les pièces s’accumulent et dialoguent d’une saison à l’autre. Le vestiaire comme archive active.
Jean Paul Gaultier Pre-Spring 27 « Le Vestiaire 1 », collection disponible sur jeanpaulgaultier.com.






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