Maison Mellerio revient à un motif des petits appartements royaux pour construire sa collection Color Queen. Entre histoire des arts décoratifs et choix joaillier contemporain, la pièce dit plus qu’une saison.
Il faut remonter aux cabinets intérieurs de Versailles pour comprendre d’où vient la boucle d’oreille. Les petits appartements de Marie-Antoinette étaient tendus du motif dit « Grand Ananas » — fruit tenu alors pour le roi des exotiques, signe d’hospitalité et de rang dans les cours européennes du XVIIIe siècle. Ce n’était pas un ornement décoratif arbitraire : l’ananas, difficile à cultiver sous ces latitudes, valait à l’époque le prix d’un carrosse.
Maison Mellerio, installée au 9, rue de la Paix depuis 1815, a puisé dans cet héritage iconographique pour construire la collection Color Queen. La démarche n’est pas neuve pour la maison : la pièce de haute joaillerie Jardin des Rêves, dévoilée en 2025, avait déjà introduit le motif dans son vocabulaire. La Color Queen l’étend à des formats portables — boucles d’oreilles et médaille aux pierres multicolores — sans en préciser publiquement les matériaux ni les heures de fabrication.
Ce qui retient l’attention n’est pas tant la collection que la continuité d’une méthode. Laure-Isabelle Mellerio, présidente et directrice artistique depuis la quatorzième génération familiale, est architecte d’intérieur et historienne de l’art de formation. Ce double ancrage — l’espace, l’archive — explique que la maison ne convoque pas Versailles par nostalgie commerciale mais comme corpus documentaire. La tenture « Grand Ananas » n’est pas un prétexte : c’est une source.
Détail — La pièce et son modèle
Les boucles d’oreilles Color Queen sont proposées à 13 000 €, la médaille à 6 500 €. Le dossier ne précise ni les matières (or, taille des pierres, origines), ni les techniques de sertissage — lacune qui empêche toute lecture joaillière approfondie. Le motif ananas de référence est localisé aux cabinets intérieurs de Marie-Antoinette à Versailles, et non dans les grandes galeries de représentation, ce qui indique une affinité avec un registre privé et quotidien plutôt que cérémoniel.
La collaboration avec Maison Ladurée — macaron à l’ananas en édition limitée, tea time rue Royale le 30 mai — fonctionne comme révélateur plutôt que comme événement central. Deux maisons fondées avant la Révolution industrielle, l’une en 1613, l’autre en 1862, qui partagent non une esthétique commune mais un rapport similaire à l’archive : la relire pour la rendre praticable.
C’est cette posture qui mérite examen. À l’heure où le vocabulaire du patrimoine sert le plus souvent de caution marketing, Mellerio propose une autre lecture — celle de la source primaire consultée, du motif situé, daté, localisé dans un espace précis du château. Si la collection tient cette promesse dans l’objet lui-même — dans la qualité du sertissage, dans la tenue du motif à l’échelle du bijou — c’est là que se joue la question. Le reste est histoire de l’art.

















