Home Horlogerie et JoaillerieVhernier et Pae White : ce que l’exosquelette d’un crabe apprend au cristal de roche

Vhernier et Pae White : ce que l’exosquelette d’un crabe apprend au cristal de roche

by pascal iakovou
0 comments

Une poignée de porte en bronze, une artiste californienne obsédée par les carapaces marines, une technique optique milanaise née en 1984. La collection Pae White pour Vhernier n’a pas commencé dans un studio de design — elle a commencé à l’entrée d’une boutique.


La poignée de porte de la boutique phare de Maison Vhernier à Milan représente un crabe en bronze coulé. Quand Pae White l’a touchée, son travail récent portait précisément sur les crabes échoués sur les plages du Pacifique. Cette coïncidence a suffi. Dix bagues en sont nées — chacune existant en deux exemplaires.

Le point de départ technique est l’architecture de l’exosquelette du crustacé : des angles articulés, une géométrie à la fois rigide et organique. Pae White a multiplié les itérations pour trouver la forme qui distille cette structure sans la copier. La traduction en métal repose sur le sertissage invisible signature de la Maison, une technique où diamants et saphirs s’intègrent dans l’or sans griffes visibles, créant l’illusion que les pierres constituent directement la surface. Sur une pièce inspirée d’une articulation d’exosquelette, ce choix n’est pas esthétique : il est logique. L’exosquelette n’a pas de jointures apparentes.

La sphère de cristal de roche qui couronne chaque bague mobilise la technique Trasparenze, développée par Vhernier depuis sa fondation en 1984. Le procédé consiste à superposer du cristal de roche à des matériaux sous-jacents — ici nacre d’haliotis, jade, saphirs bleus — pour produire un effet de grossissement et une réfraction lumineuse en mouvement constant. Le cristal agit comme une lentille épaisse : la couleur perçue varie selon l’angle d’observation.

Encadré — Détail technique La nacre d’haliotis (ormeau) présente sa propre logique chromatique : la couleur de sa surface est partiellement déterminée par le varech dont l’animal se nourrit, ce qui en fait l’un des rares matériaux joailliers où la teinte a une origine alimentaire documentée. L’ormeau est également la proie naturelle du crabe. Pae White n’a pas choisi ce matériau par hasard — elle transpose la relation prédateur-proie en relation matière-lumière à l’intérieur de la bague.

C’est là que la collaboration dépasse le registre de l’objet décoratif. Le travail de Pae White — installations monumentales sur la fumée, la pluie, le clair de lune, les chants d’oiseaux — explore systématiquement la perception en mouvement, les phénomènes que l’on ne peut pas fixer. La Trasparenze produit exactement ce que la maison appelle un phénomène « non fixe » : une couleur qui se déplace sans que la bague bouge. L’artiste n’a pas adapté sa vision à une technique — elle a reconnu dans cette technique une préoccupation commune.

L’intégration de Vhernier au groupe Richemont en 2024 aurait pu signaler un alignement progressif vers des formats plus consensuels. Cette collection suggère l’inverse : dix pièces à deux exemplaires chacune, des matériaux qui incluent la nacre d’ormeau aux côtés du jade et du cristal de roche, une genèse qui commence sur une poignée de porte. Ce sont des choix qui ne cherchent pas le volume.

La question qui demeure est celle de la durabilité de ce type de démarche dans une structure de groupe. Les collaborations d’artistes fonctionnent par définition dans la rareté — leur valeur repose sur leur imperméabilité aux logiques de série. Vhernier a choisi d’en faire, pour l’instant, le format où sa technique parle le plus clairement d’elle-même.

Related Articles