Au Musée Bourdelle, dans le 15e arrondissement de Paris, Baptiste Maureau a filmé Jean-Charles de Castelbajac en train de dessiner. Pas de directive artistique complexe : un homme, un trait, une colombe. C’est ce geste — primaire, lent, irréductible au rendu numérique — que la maison 3.PARADIS place au centre de sa campagne Printemps-Été 2026.
Le choix de Bourdelle n’est pas anodin. Le musée conserve l’atelier du sculpteur tel qu’il était à sa mort en 1929 : plâtres en suspension, outils abandonnés sur les établis, espace de travail préservé dans son désordre de fabrication. C’est dans ce décor de gestes figés que Castelbajac restitue un geste vivant.
La colombe est l’emblème de 3.PARADIS depuis la fondation de la maison par Emeric Tchatchoua. Dans les campagnes précédentes, le motif existait comme élément de collection — brodé, imprimé, appliqué sur tissu. Ici, il est produit devant la caméra. Le dessin à la main restitue à l’emblème son statut d’origine : une intention avant d’être un motif.
Castelbajac avait déjà défilé pour la maison en juin 2025. La campagne SS 2026 lui confie autre chose qu’une apparence physique. La photographie est signée Ismael Nebchi, la stylisme Éléonore Côté-Savard.
Né en 1949, Castelbajac développe depuis les années 1970 une pratique où le vêtement et l’image graphique sont indissociables. Ses collaborations avec des institutions religieuses (les vêtements liturgiques pour Jean-Paul II en 1980), ses aplats de couleurs primaires, son intérêt pour le dessin enfantin comme vocabulaire formel : autant d’éléments qui font de lui moins un styliste qu’un artiste opérant dans le champ de la mode. Le dessin à la main — trait naïf, lisibilité immédiate — est une constante de son travail depuis plus de cinquante ans.
Pour 3.PARADIS, qui construit son identité dans l’espace tendu entre streetwear parisien et ambition culturelle, confier la campagne à un dessinateur plutôt qu’à un imageur dit quelque chose sur la direction choisie. Tchatchoua formule ainsi : « La créativité comme forme de résistance permet d’imaginer un monde meilleur. Comme toute œuvre, elle doit d’abord être conçue avant d’être créée. » Le film est produit par Obvious.tv ; le montage est signé Théo Rannou.
La question que cette campagne pose — sans y répondre — est celle du rapport entre une maison jeune et le temps long de la référence. Bourdelle, Castelbajac, la colombe dessinée à la main : autant de décisions qui signalent une ambition de durée dans un calendrier de mode qui, lui, ne s’arrête jamais.








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