À Carthagène, certaines adresses ne s’installent pas. Elles s’inscrivent. Le nouveau Four Seasons Hotel and Residences Cartagena ne part pas d’un terrain vierge, mais d’un ensemble de structures déjà là — murs, cours, volumes — dont il choisit de prolonger la présence.
Situé dans le quartier de Getsemaní, à quelques pas de la ville fortifiée classée à l’UNESCO, le projet repose sur un principe simple : assembler plusieurs bâtiments historiques pour produire un lieu unique. Parmi eux, l’ancien Club Cartagena, réintégré dans le dispositif sans être effacé.
Ce type d’intervention implique une contrainte rarement visible : travailler avec l’existant. Hauteurs sous plafond, épaisseur des murs, circulation de la lumière — autant de paramètres fixés en amont, que l’architecture contemporaine ne peut qu’interpréter.
Le décorateur François Catroux intervient ici comme médiateur. Son approche privilégie des lignes réduites, des teintes atténuées, laissant les volumes anciens produire leur propre présence. Il ne redessine pas l’espace : il le clarifie.
Le projet s’appuie également sur un travail collectif réunissant architectes et artisans locaux. La restauration ne vise pas la reconstitution, mais l’ajustement. Les matériaux anciens — pierres, boiseries, enduits — sont conservés lorsque possible, puis réinterprétés dans une logique contemporaine.
Détail
Localisation : quartier de Getsemaní, Carthagène
Programme : 131 chambres et suites
Structure : assemblage de bâtiments historiques (dont Club Cartagena)
Design : François Catroux
Fonctions : hôtel, résidences privées, restauration, spa, espaces événementiels
Les chambres prolongent cette logique. Certaines conservent des éléments d’origine — plafonds élevés, détails architecturaux — intégrés dans une composition plus épurée. La suite Catroux, accessible par ascenseur privé, développe une autre échelle : deux chambres, une terrasse, une fontaine, dans un vocabulaire inspiré de l’architecture coloniale.
L’offre culinaire, répartie sur huit lieux, fonctionne comme une cartographie interne. Du Grand Grill installé dans l’ancien club aux espaces plus informels, chaque adresse occupe une position spécifique dans l’ensemble. Le bâtiment ne contient pas un restaurant, mais plusieurs situations.
Le spa Umari, installé dans un ancien cloître, introduit une autre temporalité. L’architecture religieuse, conçue à l’origine pour le retrait, est ici réaffectée au soin. Les gestes changent, mais l’espace conserve sa fonction première : ralentir.
À l’extérieur, Getsemaní joue un rôle actif. Quartier dense, traversé par des galeries, des cafés, une vie de rue continue, il empêche l’hôtel de se refermer sur lui-même. Le luxe n’est pas isolé : il est poreux.
La salle Veracruz, capable d’accueillir trois cents personnes, rappelle enfin que ce type de lieu doit conjuguer deux échelles — l’intime et le collectif. Chambres, patios, terrasses d’un côté ; événements, réunions, célébrations de l’autre.
Ce qui se dessine ici dépasse la simple ouverture d’un établissement. C’est une manière de travailler la ville sans la transformer frontalement. Utiliser ce qui est déjà là, en déplacer les usages, en prolonger la durée.
Dans un contexte où l’hôtellerie de luxe tend souvent vers la création ex nihilo, Cartagena propose une alternative plus lente : celle de l’addition plutôt que de la rupture.










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