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Le lampadaire de Hittorff en chocolat noir 66%

by pascal iakovou
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Quand un Chef Pâtissier de palace choisit un élément d’architecture urbaine comme modèle, il pose une question sur ce que doit être un objet de saison.

Il y a une décision formelle au cœur de la création de Matthieu Carlin pour Pâques 2026 qui mérite d’être examinée séparément de l’événement qui la motive. Le Chef Pâtissier de l’Hôtel de Crillon n’a pas fait un œuf. Il a fait un lampadaire.

Plus précisément : il a reproduit en chocolat la lanterne qui équipe les candélabres de la Place de la Concorde, dessinés au XIXe siècle par l’architecte alsacien Jacques-Ignace Hittorff — le même qui a conçu la gare du Nord et l’église Saint-Vincent-de-Paul. Un mobilier urbain classé, visible depuis les fenêtres du palace, traduit en sculpture comestible à l’occasion d’une fête calendaire. Le geste est plus ambitieux qu’il n’y paraît.


La matière comme argument

La pièce est construite à deux faces : chocolat au lait grand cru à 42% d’un côté, chocolat noir à 66% de l’autre. Ce n’est pas une fantaisie chromatique. Les deux pourcentages correspondent à des profils aromatiques distincts — le 42% développe des notes lactées et caramélisées qui arrondissent les volumes ; le 66% apporte l’amertume et la longueur en bouche qui donnent à la sculpture son caractère. La juxtaposition crée une lecture différente selon l’angle d’approche, exactement comme la lumière modifie la perception d’un bronze.

Le sommet et la base — les éléments structurellement les plus complexes à mouler — sont garnis d’un praliné amande-noisette enrichi de brisures de gavotte. La gavotte, crêpe dentelle bretonne, apporte ici une fonction précise : maintenir le croustillant à l’intérieur d’une enveloppe chocolatée qui, sans cette résistance interne, tendrait vers le fondant uniforme. C’est une décision de texture, pas de décoration.

Détail — La couronne de la sculpture intègre le logo du Crillon et le symbole de la Ville de Paris. Cette double inscription dit quelque chose sur la nature de l’objet : ni souvenir touristique, ni création purement gastronomique, mais pièce de collection à durée de vie limitée, à l’intersection du mobilier urbain et de la confiserie de prestige.


Ce que Carlin dit lui-même

« Nous voulions créer une pièce décorative en lien avec l’histoire de la place et ses fontaines », explique Matthieu Carlin. Le mot « décorative » est choisi, et il est juste. La pièce est d’abord faite pour être posée, regardée, tournée entre les mains — avant d’être consommée ou conservée.


La question que cette création pose n’est pas celle de la qualité du chocolat utilisé. C’est celle de la légitimité du geste : un Chef Pâtissier peut-il revendiquer le territoire de la sculpture d’objet sans que la pâtisserie n’y perde sa raison d’être — être mangée ? Matthieu Carlin ne répond pas. Il laisse la pièce à 85 € en édition limitée répondre à sa place.

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