Olivier Cazenave Bordeaux Blanc 2024, l’art d’apprivoiser le Sauvignon

by Pascal Iakovou
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Le Sauvignon est un cépage de précision. Lorsqu’il est cueilli dans un millésime frais, il peut produire des vins nerveux, parfois austères, dont l’acidité domine le paysage aromatique. Toute la question consiste alors à conserver cette tension sans la laisser prendre le pouvoir.

Le Bordeaux Blanc 2024 d’Olivier Cazenave est né de cette recherche d’équilibre.

La pièce provient de deux hectares implantés sur des sols argilo-calcaires des coteaux de l’Entre-deux-Mers. Le choix du monocépage est assumé : cent pour cent Sauvignon, sans l’appui traditionnel du Sémillon souvent utilisé dans les assemblages bordelais pour apporter du volume et de la rondeur.  

La vinification privilégie la lisibilité du fruit. Après un pressurage direct, les jus sont débourbés puis fermentés en cuve inox. Le domaine utilise des staves sélectionnées afin de préserver l’expression aromatique tout en protégeant les vins durant leur élevage. Mais c’est surtout le travail régulier sur lies qui constitue ici le cœur du projet. Le brassage des lies accompagne le vin jusqu’à sa mise en bouteille au printemps suivant, apportant matière et profondeur à une récolte naturellement marquée par l’acidité.  

Cette approche apparaît clairement dans le commentaire du vigneron. Olivier Cazenave évoque son « premier Sauvignon pur jus » et reconnaît avoir abordé le millésime avec prudence : les raisins, selon ses propres mots, étaient fortement marqués par l’acidité et le risque consistait à produire un vin trop tendu. Le résultat, estime-t-il, doit beaucoup au travail d’élevage sur lies.  

À la dégustation, le domaine décrit une robe dorée aux reflets verts, cristalline et non filtrée. Le registre aromatique s’oriente vers les fruits blancs et un végétal frais rappelant le buis ou la menthe verte. En bouche, l’intérêt se situe moins dans l’intensité aromatique que dans la coexistence de deux caractéristiques souvent opposées : une fraîcheur marquée et une sensation de sucrosité qui adoucit la structure générale du vin.  

L’élevage sur lies consiste à conserver le vin au contact des levures mortes issues de la fermentation. Remises régulièrement en suspension par brassage, elles apportent texture, volume et stabilité aromatique. Dans les années fraîches, cette technique permet souvent d’équilibrer la vivacité naturelle du Sauvignon sans recourir à une extraction ou à un élevage plus démonstratif.  

Avec ses 12,5 % d’alcool et une garde recommandée de cinq ans, ce Bordeaux Blanc ne cherche pas la démonstration de puissance. Il s’inscrit plutôt dans une tendance plus large du vignoble bordelais : celle de vins pensés pour accompagner les usages quotidiens, fruits de mer, poissons grillés ou légumes de printemps, plutôt que pour impressionner par leur concentration.  

Ce qui rend cette cuvée intéressante dépasse donc la seule expression du Sauvignon. Elle montre comment un vigneron peut utiliser l’élevage non pour transformer un vin, mais pour révéler ce que le millésime lui permet d’être. Une approche discrète, presque artisanale, qui rappelle qu’en viticulture la technique n’est jamais une fin. Elle est une manière de dialoguer avec les limites imposées par la nature.

Cazenave Bordeaux Blanc

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