Home ModeBAO BAO ISSEY MIYAKE SIGN : quand le sac devient panneau

BAO BAO ISSEY MIYAKE SIGN : quand le sac devient panneau

by pascal iakovou
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Depuis 2000, BAO BAO ISSEY MIYAKE construit sur un même principe — des triangles de PVC sur maille polyester, fabriqués au Japon — un vocabulaire formel qui se réinvente par la couleur et le motif. La série SIGN, disponible dès le 1er mars, pousse ce vocabulaire vers la signalétique urbaine. L’objet soulève une question qui dépasse la maroquinerie : à quelle distance une surface devient-elle signe ?

Il y a un paradoxe dans la genèse de BAO BAO. Issey Miyake s’inspire en 1997 du Musée Guggenheim de Bilbao — un bâtiment pensé par Frank Gehry autour de la notion de « formes nées du hasard » — pour concevoir une pièce radicalement contrôlée : des triangles isocèles de PVC souple, collés sur une sous-couche de maille polyester, qui produisent par leur assemblage répétitif des volumes non prévus par le dessin initial. La forme finale dépend du contenu, du mouvement, de la pose. L’architecte comme prétexte à l’anti-architecture.

Vingt-cinq ans après ce premier geste, la série SIGN prolonge la logique de la surface lisible. Les trois coloris retenus — rouge, bleu, gris — ne sont pas des choix chromatiques gratuits. Ils reprennent la codification internationale de la signalétique routière : le rouge du panneau de virage, le bleu de la flèche à sens unique, le gris du passage piéton. Perçus à distance, les modules triangulaires se fondent en une forme-signe identifiable. Rapprochés, ils révèlent leur construction : facettes indépendantes, jointures apparentes, jeu de reflets selon l’angle d’incidence de la lumière.

C’est ici que réside l’intérêt formel de SIGN. BAO BAO a toujours travaillé sur la perception variable — un même sac lu différemment selon la distance, la lumière, le mouvement. Cette série ajoute une couche sémantique : la forme perçue à distance est une citation du réel urbain, une forme que l’usager connaît sans l’avoir apprise, parce qu’elle appartient à l’espace commun de la ville. Le sac cabas de 34 x 34 cm devient ainsi un panneau tenu à la main — non par provocation, mais par cohérence avec une démarche qui a toujours traité l’objet comme surface de projection.

La fabrication reste constante : triangles de PVC flexible assemblés sur maille polyester, production au Japon. Deux formats proposés — le sac bandoulière de 17 x 23 cm à 530 euros, le cabas de 34 x 34 cm à 690 euros. Le court-métrage accompagnant le lancement prolonge l’idée : des panneaux de signalisation qui « se révèlent être des sacs » et avancent « vers une nouvelle destination ». La narration est peut-être trop explicite, mais elle confirme que l’intention formelle est assumée, non accidentelle.

La série SIGN rappelle que BAO BAO occupe une position singulière dans le paysage des accessoires japonais contemporains : ni maroquinerie de tradition, ni objet de mode au sens saisonnier, mais exploration continue d’un même principe constructif dont chaque série tire un angle nouveau. La surface modulaire comme méthode. La ville, cette fois, comme vocabulaire.

Cette publication est également disponible en : English (Anglais)

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